La maîtresse magique?

« Madame Bertrand » Deux mots pour dire cette adorable institutrice!

Mes heures préférées étaient la rédaction. Dans le silence intelligent de la classe, me venaient les belles idées, tandis que Madame Bertrand refaisait ses macarons*, avec ce je ne sais quoi d’inoubliable grâce…

  • macaron: ruban de cheveux entortillé en douceur dessus l’oreille.
  • macaron: biscuit rond en duo de pâte meringuée et fourrée de crème.

Je correspondis longtemps avec cette grande dame!

 

 

 

Ô mémoire sacrée et fil indéfectible des belles transmissions!

Voici venir en effet le témoignage d’une de mes élèves…

 

 

 

20140509172249_001 20140509172337_001 20140509172337_002

 

Pour plus de lisibilité, cher lecteur-trice, voici le texte retranscrit manu – tapuscratie! Tout y est respecté, jusqu’aux (très rares) fautes d’orthographe.

J’aimerais que vous ressentiez la beauté pure de cette écriture qui, jaillissant de souvenirs inviolables, laisserait pantois plus d’un(e) écrivain(e). L’auteure, Michèle, est l’une de mes très nombreuses anciennes élèves.

 » J’entrais dans ma neuvième année lorsqu’on nous annonça une nouvelle maîtresse pour la prochaine rentrée des classes.

Neuf années à faire de mon vieux village un compagnon de tous les instants, un allié dans les pires moments.

Pas un sentier, pas une clairière, pas un arbre tordu dont je ne connaissais le secret, pas un oiseau dont je  ne reconnaissais le chant; ce village était le mien, avec, au milieu de ses prés verdoyants, des champs de blé doré qu’un vent capricieux avait couchés, un clocher qui semblait grandir chaque jour tant il s’étirait vers le ciel, et de vieilles maisons frileuses, serrées les unes contre les autres, formant de chaque côté de la route un rempart qui cachait de bien jolis jardins.

Ces mêmes jardins que mes camarades et moi nous appliquions à sortir de l’ombre en empruntant, pour revenir de l’école, les vieux sentiers qui couraient à travers champs, et qui furent les témoins incontournables de nos premières grandes aventures.

Rien ne m’échappait, vous dis-je, et quelque chose pourtant allait à jamais changer le cours de ma petite existence: l’arrivée de notre nouvelle maîtresse,venue d’ailleurs, un ailleurs qu’elle allait nous faire partager durant une année, celle, inoubliable, de mon C.M.2.

Je sus au premier regard que je posais sur elle que j’allais vivre une histoire peu ordinaire, mon coeur de petite fille gonflé d’admiration ne pouvait me tromper, désormais j’en étais sûre, elle serait mon modèle,ma référence, mon idole.

De la racine de ses longs cheveux à la plante de ses jolis pieds, je ne trouvais pas un défaut pour entâcher cette image-là, image tout simplement féérique à mes yeux, que je me plairais à entretenir longtemps encore…

Car les verbes de sa bouche coulaient comme des chansons, les rébarbatives mathématiques semblaient danser sur le grand tableau, qui, pour l’heure, s’en trouvait un peu moins noir!

Pour moi, il ne faisait aucun doute qu’une seule personne capable de tout cela à la fois, avait forcément des pouvoirs magiques!

Je compris alors que les frontières de ce village que je chérissais ne se limitaient pas aux forêts qui l’encerclaient, puisqu’était venue jusqu’à lui une poétesse qui murmurait comme les ruisseaux, chantait comme les oiseaux, et dont les longues jupes tournoyaient autour d’elle comme les pétales d’un coquelicot, cette fleur de nos campagnes que je savais si fragile et éphémère!

 » La maîtresse avait des méthodes avancées », pour citer ce vieil anar que j’apprendrais à connaître plus tard, et aussi belle fût-elle, la pauvre Hélène dans ses sabots crottés éveilla moultes controverses et s’attira bien des critiques.

Car alors, j’avais oublié, munie seulement de mon flûteau, en proie à mon admiration grandissante, que je ne menais pas la musique au château, et que si les habitants de mon cher village se complaisaient encore dans quelque récit où se mêlaient démons et sorcières, ils avaient depuis longtemps banni les fées bienfaisantes de ces mêmes légendes.

N’étant pas encore familiarisée aux bizarreries de ce monde adulte, j’appris à mes dépens que la différence était souvent mal perçue,  et que de tenir dans ses mains une baguette à la place d’une craie peut vous conduire tout droit vers le bûcher…

Cette année pour moi s’achevait, et avec elle de bien jolis souvenirs, des montagnes de rêves que j’enfouissais au plus profond de moi pour surmonter ces interminables journées académiques qui constitueraient désormais mon quotidien.

Imaginez mon désarroi, ma peine immense, lorsqu’il me fallut déserter les sentiers herbeux qui menaient à ma douce école, pour prendre chaque jour un car qui m’emportait en agglomération, dans un collège construit dans du béton.

Aujourd’hui, j’ai grandi, si certaines de mes illusions m’ont quittée, mes rêves les plus forts continuent de m’animer, et puisque, dans ce monde-là, la raison a plus de prétendants que la magie, je veux, pour la circonstance, présenter comme la plus raisonnable du monde, cette citation de Jean Cocteau:

 » Ce que les autres te reprochent, cultive-le, pare que c’est toi. »

Michèle, 25 ans plus tard! ( 14 juillet 2002) »


Tout conte fée, je restai tout un septennat en ce village lorrain qui, peu à peu, m’a adoptée. Bien entendu les enfants l’avaient fait d’emblée et c’est évidemment ce qui avait causé, disons…quelques jalousies!
J’ai même fait ouvrir une seconde classe.
Au bout de sept ans, après avoir fait une super-fête western où chaque enfant avait son rôle à jouer et où l’idée-maîtresse était que les bonnes surprises et l’amitié valaient plus que le pétrole ( un ami avocat à Metz accepta même de jouer le rôle du shérif!), je quittai mon village et oeuvrai un an en télé. à Nancy-Vandoeuvre, en l’occurrence la bien-nommée. (Vent d’oeuvre… Voir la rubrique).
Je tiens à préciser ce que représente le travail d’une maîtresse d’école de village dans ce type de classe, dite unique.
36 élèves âgés de cinq à dix ans, section enfantine, C.P., C.E.1, CE2, CM1, CM2, soit 6 niveaux.
6 élèves par niveaux, soit 36 élèves.
Et pour faire un joli 666, 6 matières: calcul, musique, gymnastique, dessin, sciences nat.,histoire-géo., français.Eh Bé non! Ca fait sept!

J’y ai ajouté théâtre et danse, travail manuel et instruction civique.
Et rattrapage volontaire et gratuit en cours de fin d’après-midi pour les C.P. qui n’avaient pas assimilé. Ca leur a évité le doublement.

C’était juste pour vous remettre les pieds sur terre: Une quarantaine de séquences à préparer pour chaque jour. Sans parler des cahiers à corriger, des tableaux et du matériel.
Si l’ on ajoute à ce charmant programme un bébé et un mari pour lesquels bien entendu tout est prêt et servi avec le plus charmant des sourires, je vous laisse en effet considérer la longueur de la baguette dite magique!

Il n’est pas inutile de revenir parfois à ces petites considérations un brin pragmatiques!

La seule magie c’est d’aimer et d’agir ainsi, contre mauvais vents et marées! C’est vraiment pas sorcier!

Inutile d’aller désormais me chercher à cette adresse. J’ai vendu la maison il y a lurette.

ANECDOTE:

 

Un lundi matin, l’un de mes petits de CE1 leva ainsi le doigt:

– Oui, François!?

– Maîtresse, y a un bouchon de champagne dans mon encrier!

 

Effectivement, j’avais invité le samedi précédent toute l’Union des jeunes avocats de Metz à une jolie fête dans le préau ( puisque j’habitais le logement de fonction, juste en haut) , mais il a plu tout soudain et nous avons terminé la soirée dans ma classe, au fin régal de ces grands enfants de juristes qui retrouvèrent un instant leur cadre et leur âme d’enfant!

Je fis bien entendu le ménage mais un petit bouchon m’échappa!

François ne m’en voulut pas du tout.

La douce euphonie des verbes plaire et pleuvoir au passé composé de l’imdic. resta ainsi en ma mémoire: IL A PLU!

Elle est très jolie mon anecdote?

 

RETOUR EN AMONT DANS LE TEMPS : GAGNEZ AU GRAND JEU  » OU EST MAMIE QUAND ELLE AVAIT 16 ANS? » 

Lycée Georges de Latour à METZ. Rien que des jeunes filles. Mixité interdite à l’époque. Tablier bleu obligatoire. Brodé au nom, prénom et classe. Si oubli de la ceinture, deux heures de colle! C’était pas le genre  » Nique ta mère! » .

Devant au centre, une super prof. de Lettres avec laquelle je suis toujours en relation. Alors, où suis-je Edwige?

 

 

20150416173644_001

 

Vous trouverez la réponse juste en-dessous de la belle photo de mes élèves de primaire en Lorraine.  »

En attendant, voici celle de mon année de maternelle grande section ( nous avions 5 ans). 41 élèves tous diplômés de bonne éducation et de gentillesse. La première année fut plutôt pénible ( voir l’intro.de ma thèse) mais bac à sable plus deux me rassura. Notons au passage ma chère Amélie qu’écrire et lire y étaient déjà enseignés. Pas de tablier obligatoire. Mixité naturellement admise ( ce qui hélas changea dès le CP, chose triste pour les garçons qui, sans notre belle émulation, devinrent un peu moins forts que nous les filles. ( » Nous les filles » est le titre d’un magnifique ouvrage de Marie Rouanet. Je vous le recommande de tout coeur.)

Je connus là mon premier grand amour. ( Voir l’incipit de ma thèse ).

Il est au 2° rang en partant du haut ( ou 3° en partant du bas, bravo!), à droite.

Et où est donc la future maman d’Elodie,  et a poursuivriori  future mamie de Manon, Nathan et Lily?

4° en haut à gauche avec la jupe bretelles et les noeuds papillons sur les tites couettes!

Tout juste! Tu as gagné un carambar. Surtout lis-nous la blague sur le papier d’emballage. Qu’on rie un peu!

1° rang, 2° en partant de la gauche, notre Coluche à nous. A la fin de l’année il a chanté à la maîtresse  » Tu seras toujours mon seul amour ».

Moi non plus…

 

 

 

La maîtresse d’école: Cliquez!

Cette jolie song a été interprétée le 14 juillet 2002 par mon ancienne élève Michèle, auteure du récit ci-dessus.

D’habitude le jour du 14 juillet, je reste moi aussi dans mon lit douillet, mais cette année-là ne fut point tout à fait habituelle…

 

Brassens est et reste mon troubadour préféré! Du reste ma maison de Normandie s’appelle en son honneur  » AUX COPAINS D’ABORD »!

 

Agés de deux à vingt-deux ans, mes élèves, de toutes origines, toutes couleurs, furent autant de petits princes et de petites princesses auxquels et auxquelles il convenait d’offrir les merveilles de la langue française, et surtout, l’universel langage de l’amour et de la féérie…

Ce petit texte, que j’ai écrit pour la revue municipale VIVRE A METZ, mensuel Numéro 56, mars 1981, fleure un brin ce printemps des récrés magiques!

Printemps!

 

ELISE ET L’Ô

L’année scolaire 1989-90, j’ai conçu, organisé et animé un travail intitulé L’ENFANT ET LA LETTRE, avec 13 classes et trois mille enfants.

Dans le cadre de cette aventure aussi rigoureuse que jubilatoire, j’écrivis une petite comédie musicale, Elise et l’ô, pour cinquante acteurs et actrices de 6 à 11 ans, et un adulte, mon inoubliable ami, instituteur retraité, Robert Beaujon.

Le rideau s’ouvrait sur l’admirable chanson des Mistrals gagnants…

Les lettres prenaient vie sur la scène: lettres d’amour, lettres anonymes, télégrammes, colis, lettres de noblesse ou de vilénie, la vie, quoi!

Devinez qui gagna le 24 mai 1990 sur le joli plateau de L’ARC EN CIEL à METZ: ?

Hé oui! Le mistral! ( N’en déplaise aux vents…pires!)

Joli souvenir…

PHOTO qui suit: Banc de pierre, rideau de bambous, cartable craquant de sérieux et d’amour, c’est la pause-récré au Lycée Paul Valéry. C’est mon collègue de sciences-éco. qui a voulu graver l’instant…

Récreation

Voyez-les nos merveilleux élèves, vos merveilleux enfants, avenir de cette France adorée et cosmopolite!

C’est une classe de Cours élémentaire deux, à Woippy Saint Eloy, où nous recevons Monsieur Corrèze, que ma mère m’a présentée, puisqu’elle suivait ses conférences sur Mozart à l’Université de Metz.

Qui oserait dire que Mozart ne toucha pas le coeur de nos cités les plus humbles?

Ce fut ce jour-là une explosion d’enthousiasme!

Et La Princesse de Clèves? Bien sûr qu’ils vont kiffer quand ils seront au collège!

Alors, la maîtresse s’en ira reprendre ses chères études et sa thèse et dansera le reggae!

Regardez comme ils sont beaux, nos élèves!

Merci Mozart, merci Monsieur Corrèze et sa dame ( professeure de Lettres Classiques), merci Maman, merci enfants de tous les Woippy Saint Eloy!

Votre joie spontanée est le plus beau des miroirs, le seul cadeau à mériter!

 

meselevesRéponse à notre grand jeu  » OU EST MAMIE SUR LA PHOTO DE CLASSE DE LYCEE? » : Deuxième en haut à gauche!

 

Leave a Comment