Il était une fois en Bohème…

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Ce manuscrit de parchemins est un trésor inestimable signé par Anna Boulmant, ma mère, native de Desenice, petit village de Bohême.

C’est une chronique de toute l’histoire de ce lieu paisible où se côtoyaient en paix des êtres délicieux, dont les destinées furent dévastées par les horreurs de la seconde guerre mondiale.

J’ai moi-même, bien des années plus tard, rédigé mon mémoire de Maîtrise sur la Poétique de la ville et des liens qui unirent les poètes et les intellectuels entre Prague et Paris, et ce après un inoubliable voyage pragois avec ma fille Elodie.

Je fis ensuite mon DEA sur cet écorché vif au talent incommensurable, valeur sûre de toute la littérature européenne, Franz Kafka.

Je m’attachai plus spécialement à son analyse ultra-lucide des rouages de l’Absurdité de la  » Justice » dans le PROCES, bien entendu.

Dieux et déesses merci, et de toutes belles religions, l’Amour est enfant de Bohême qui n’a jamais jamais connu de lois!

Et sa mémoire est excellente!

Petit reportage du Docteur WEISS et de son épouse, dans la maison où j’ai vécu pendant quinze années…

Point ne m’y ennuyiai car, chaque été, outre les cueillettes des nombreux fruits du potager, et la mise en papiers peints-peintures des 8 radiateurs en fonte, ceux avec cinq tuyaux de profondeur, pur bonheur de la vie de Dieu,  j’étais également autorisée à faire gardeuse-animatrice pour ma petite soeur Anne-Marie que j’avais surnommée Nanou, adorable gamine qui me laissait de temps en temps prendre le mini-vélo que ma mère m’avait offert pour mon bac.

Ah! Qui dira les joies du mini-vélo lorsqu’en pleine descente, tout soudain, la selle et le guidon se rabaissent à la hauteur de cette adorable enfant!

Et le danger aussi…

Bref!

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Cette ancienne machine à écrire appartenait à ma mère et nous vient donc de Bohême. Elle trône actuellement dans la bibliothèque du salon de Normandie ( un ancien lit breton reconverti en bibli. par mon ex-époux et moi-même) et j’ai posé sur la vénérable machine l’un des courriers  que ma mère ne cessa de m’adresser en précisant bien sur l’enveloppe  » Docteur Boulmant-Pierre ». ! Trop craquante!

Les deux photos qui précèdent sont prises dans son village natal de Desenice ( étoile du berger): Satue de Saint Népomucène, qu’elle vénérait car  il aiderait à retrouver ce qu’on a perdu, et plaque commémorative du cimetière où l’inscription gravée ( et grave) rappelle à qui veut bien la lire que tous les bienfaits prodigués de notre vivant nous valent sérénité dans l’au-delà.

Je trouve même que dès ici-bas nous ressentons le bonheur d’aimer et d’aider!

Perso, je suis  résolument anti fanatique et anti sectes comme Charlie, comme Brassens, un brin anticléricale, déiste comme Voltaire, et  j’aime et respecte la foi authentique et positive de nos aïeux, quelle que soit la religion (que leurs parents avaient choisie pour eux. ) quand elle s’accompagne de tolérance, de jolies fêtes, et de beaucoup de don de soi.

 

Alors là,  va venir THE photo! Merci, Maman, d’avoir pensé à immortaliser l’instant avec ton vieil appareil à accordéon noir qu’aucun de nos stupides gadgets ne saura évincer, puis de me l’avoir envoyée trente ans plus tard.

J’avais 14 ans, Papa était parti au ciel tragiquement, ma soeur aînée était mariée en Allemagne, la cadette avait définitivement pris possession du vélo, et, ayant terminé de tapisser le salon, je m’apprêtais  ( âpres étés, dont le souvenir me reste si doux cependant) à défricher le jardin, lorsque…

Tabadabada pam pam..

Les 7 mercenaires débarquèrent! Le beau Serge et son frangin, Philippe, Roger l’adorable, Jacky, le troisième en partant de la droite je ne l’avais jamais vu au bataillon, et au centre

le fort en maths ( moi j’étais nulle, ça tombait bien!).

Les gars d’la rue!

La fine fleur!

Je te dis pas l’allure quand ils venaient avec leurs solex, scooters et autres mobylettes qui faisaient un rafus du diable ( ils disaient leurs  » chiottes », je n’ai jamais compris pourquoi), tous plus beaux les uns que les autres. Surtout lui! Le point de ralliement c’était quasi sous la fenêtre de ma chambre, au transfo., tu sais le transformateur électrique, que maman rebaptisa  » le petit Tchernobyl ». Bref, John Wayne à côté? Un pâle figurant!

Les soirs d’été, on faisait parfois cuire des patates au feu de bois et on chantait, avec la guitare. Ils disaient des tas de gros mots et ils rigolaient fort, même si ce n’était absolument pas drôle.

J’avais en général, mon général,  la permission de 22 heures et pas moyen de resquiller puisque la Kommandantur ( Co-maman-dans tour, si douce, si bienveillante, avec toute son intelligente rigueur) était juste à côté. En plus, horreur totale, elle envoyait souvent ma petite soeur, juste histoire de dire…Imaginez qu’on ait osé chanter

du Polnareff!

Donc on en restait à dix-huit noeuds quatre cents tonneaux, en toute impunité.

( Je précise cependant que par la suite, tout comme les grands cépages, ma mère a merveilleusement évolué: ainsi, lorsqu’à 48 ans, je tombis, tomba, tombai amoureuse, et réciproquement, d’un  sublime de 24 ans, elle fut la seule de la famille, avec moi,  à trouver d’emblée cela… plutôt franchement romantique!)

Mais revenons au temps des copains.

Donc, les voici-t-y-pas qui rappliquent, ces adorables, alors que j’allais justement commencer de m’écorcher bras et genoux dans  les orties.

Ils ne m’ont laissé porter ni le chapeau, ni la bêche, ni la pelle, ni le rateau!

J’ai pu m’allonger sur la chaise longue et jouer la belle au bois dormant toute l’après-midi!

Merci, les inoubliables! Y a pas photo!

 

Ci-dessous, une invitation à déguster du riz-au-lait ( pour empêcher le ciel de tomber) avec la petite pointe marrante sur la vache-qui-rit!

 

Et là, bien plus triste, un puzzle de ses appels au secours, aux dernières années de sa vie, pour le retour d’une famille réunie comme avant.

Hélas, le diable avait mis des boules Quies dans les oreillettes des coeurs de la  » famille ».

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