These de doctorat (partie 3)

Dans la ville recomposée par le texte poétique, celle des amours anciennes et des fiacres, nous retrouvons Apollinaire, qui, sans le savoir, prince de la modernité, invente déjà par sa composition la marque de la fameuse petite automobile devenue elle-même objet rare aujourd’ hui:

 » Deux chevau-légers nous joignirent  » 1 néologise-t-il à nos yeux et oreilles en faisant de l’ « x » et de l’espace un trait d’union.

En terme de réalité contemporaine à l’auteur, il ne s’agit pas d’un néologisme mais simplement d’un fiacre tiré par deux chevaux et ce mot composé existe bel et bien .tout comme exista alors son référent du monde.

Ce que le lecteur des rues modernes perçoit d’abord comme jeu de mots est en fait retrouvaille avec le passé. C’est alors le temps qui s’est fait néologiste et poète, dirait-on.

Arcanes des archaïsmes emprunts de nostalgie.

Sans aller plus loin en ce sens sinon en la métaphore explicative qui suit, réaffirmons ici que l’invention poétique à quelque chose à dire.

Invention, intention. Quelque chose aussi à voir avec la faute d’orthographe et de grammaire.

Quelque chose qui choisit l’envol, loin des barrières.

Par les facteurs d’union, de recomposition, d’appositions, d’élargissements par fusion entre l’axe paradigmatique et l’axe syntagmatique, elle est elle-même factrice, faiseuse de renouveau.

Enfin, clin d’œil venant clore ce passage de notre étude, la poésie nous fait découvrir, tels ces fiacres apollinairiens, des règles inconnues de Dame Grammaire, des exceptions insoupçonnées. Ce que nous croyions être une faute, une coquille, une perle, se révèle comme parfaitement exact, toléré, mieux, hautement littéraire! C’est le cas très précis de ce pluriel du masculin « idéal » qui, d’ordinaire est « idéaux » mais, en poésie devient « idéals » comme nous l’indique le Dictionnaire des difficultés de la langue française en proposant cette très belle citation comme exemple de contexte littéraire esthétique: « Les doigts idéals retenaient un gant couleur perle.  » 2

La coloration poétique, qui, admise parfois par l’Académisme, teinte la correction grammaticale de nuances exceptionnelles, est bien celle des perles aux chatoiements merveilleux que l’homme de plume comme le peintre saisit dans leur luminosité, capture amoureusement dans le présent offert à lui.

Il fait parler les êtres, objets, temps et lieux dont il est à l’écoute.

Alors d’autres barrières s’envolent, douanes frontalières de nos géographies sociales, économiques, politiques où le poète n’a rien d’autre à déclarer, sinon son état d’éternel amoureux de la langue, des langues.

Avant de nous faire à ses côtés clandestins voyageurs, retenons un mot-clé, une qualité du langage amoureux ici révélé: NOUVEAU.

2- Des langues:

Si nos deux premières clés s’offrent en termes de paradoxe et de nouveauté, nous sommes bien en terrain étrange, c’est à dire à la fois surprenant, étonnant par sa non-banalité et par son intrinsèque étrangeté.

Est-ce à dire que la langue d’amour serait en toutes langues une langue étrangère?

Voyons plutôt.

Qu’il me soit permis d’exprimer ici une impression toute personnelle: depuis toujours je suis passionnée par les langues, par la découverte d’abord, l’étonnement, puis la progressive connaissance.

Comme bon nombre d’entre nous sans doute, ma passion pour les langues s’ est nourrie de ce plaisir et-mais-aussi du plaisir inverse si l’on peut dire.

En effet, ce que j’aime (je le comprends de mieux en mieux!), c’est justement de ne pas tout comprendre!

J’ai trouvé sous la plume d’Ajar une idée analogue ainsi exprimée: 3

-Pourquoi tu vis avec un python?

-Nous avons des affinités sélectives.

-Qu’est-ce que c’est?

-Comme ça se prononce. Affinités sélectives, électives et affectives, en raison de recherches infructueuses. C’est dans le dictionnaire, mais il faut se méfier car les dictionnaires sont là dans un but prometteur. Affinités, je ne peux pas dire non, évidemment. Je ne sais pas ce que cela signifie, c’est pourquoi je pense que c’est quelque chose de différent. J’emploie souvent des expressions dont j’ignore prudemment le sens, parce que là, au moins, il y a de l’espoir. Quand on ne comprend pas, il y a peut-être possibilités. C’est philosophique chez moi. Je recherche toujours dans l’environnement des expressions que je ne connais pas, parce que là au moins on peut croire que cela veut dire quelque chose d’autre.

C’est un sentiment étrange et très agréable qui m’envahit à l’écoute du mot étranger: à la fois ce plaisir sensuel et esthétique de capter d’abord la musique, le ton, le son, et, ce faisant, de deviner parfois le sens, oui, mais aussi cette présence d’une bulle de non-savoir en laquelle le mot inconnu me protège et me parle du meilleur possible des mots et des mondes!

C’est sans doute très naïf, très utopique, mais j’ai l’impression alors qu’un voile onirique tamise mon entendement et protège la virtualité du beau message! Parfois ce voile capte au gré du vent intuitif des rimes, des relations que l’étranger lui-même n’avait pas perçues.

L’effet de surprise émanant de l’inconnu (mot non encore ouï, mot inouï) entre bien dans cette thèse où le locuteur amoureux fait (laisse) bégayer le langage, étranger lui-même devenu en cette terre d’amour.

Là où il a rejoint la merveille ET la maladresse de l’enfant, de l’étranger.

Cette « langue inouïe presque étrangère injecte, bégaie, sursaute » 4 nous résume Gilles Deleuze puisque, comme le dit si bien Ajar, ce sentiment peut-être ressenti, recherché, cultivé en sa propre langue. Il rapproche alors celui qui y trouve « matière » à penser et à rêver, de l’enfant et de l’étranger, découvrant tous deux « notre » langue. La diversité des accents, dialectes et autres intonations et socio-ou-idiolecte est un pont vers ce délicieux dépaysement de l’ouïe et de l’esprit qui ouvre la porte des possibles C.Q.F.D.

Si j’ai évoqué cette expérience, c’est parce qu’elle rejoint une certaine écoute poétique de l’altérité linguistique comme nous l’allons maintenant comprendre, via la parole des écrivains eux-mêmes ainsi que de leurs traducteurs, tant il est certain qu’il s’agit bien là tout à la fois d’une science et d’un art.

N’hésitons pas à le répéter: quel prodigieux travail en effet que d’avoir su traduire, par exemple, Le Pays des Merveilles! Car il fallait y faire entendre non seulement les épisodes d’un récit mais aussi (et tout en même temps, car dans ce pays-là les mots s’amusent au sens très créatif et moteur du terme) les jeux de mots sonores, les mots-valises, les rimes ludiques et signifiantes, et tout cela avec un outil complètement différent!

Or, ce qui se passe, c’est que non seulement il y a réussite sur ce point, mais que, les voyages formant le mot, il y a matière, par le passage d’une langue à l’autre, à création, à invention, à trouvailles!

Ainsi, souvenons-nous du sourire du chat, cet interminable sourire qui, en français, peut à l’oreille s’entendre ainsi:  » jeu-souris! « 

En langue de chat?

Admirons d’ailleurs cette prouesse d’Alain Rey, l’artiste-traducteur des aventures d’Alice en ce petit dialogue avec la souris: 5

-Je ne… s’écria la Souris furieuse.

-Un noeud, dit Alice, regardant curieusement autour d’elle, toujours prête à se rendre utile. Oh! Laissez-moi vous aider à dénouer!

-Certes pas, dit la Souris qui se leva et s’éloigna. Vous m’insultez en disant de telles sottises!

-Pour toute réponse la souris grogna.

Le jeu homophonique (irréalisable en Anglais, donc absent littéralement du texte d’origine) cause du malentendu réciproque, le quiproquo verbal, ouvre toute une réflexion sur la valeur de la négation comme noeud problématique. Il en dit long aussi sur l’instinct de l’héroïne qui n’entend jamais autre chose qu’une possibilité d’aider ceux qu’elle rencontre, sacrée Alice!

D’autres traductions sont moins heureuses.

Pour revenir avec plus de précision thématique en le domaine de l’amour, relevons à la douane des mots, ce terme russe de « vljublenie » sous la plume de Tolstoï dans sa Sonate à Kreutzer. Je ne connais pas la langue russe mais si nous en croyons Jean Pierre Morel 6, le traducteur de la sonate à interprété ce « vljublenie » par le mot français « passion » alors que le sens vrai du terme serait « énamoration ».

 » Serait », car « énamoration » n’existe pas dans notre dictionnaire!

N’appartient-il pas alors au traducteur fidèle du mot et du contexte russe de le créer, puisqu’il existe en un autre dictionnaire, celui-même du pays de l’œuvre, de l’écrivain, du sentiment ainsi évoqué?

Intéressante à creuser serait cette question de la diversité des langues et de leur rapport aux cultures, aux usages, oui, mais aussi dans le domaine qui nous concerne à la diversité d’exprimer le sentiment amoureux.

Intéressante aussi l’idée que le poète serait cet avant-gardiste et merveilleusement rétro à ses heures lorsqu’il nous fait voyager en chevau-léger et/ ou nous ba(l)lade avec des vers médiévaux. On aura reconnu là l’ allusion à l’ami Apollinaire, grand voyageur et grand amoureux, qui lui aussi désire éperdument la douce énamoration dont il est si proche, avec cet infinitif peu courant dont la substance n’attend qu’un suffixe pour devenir substantif.7:

Les humains savent tant de jeux l’amour la mourre

L’amour jeu des nombreux ou jeu de la grande oie

La mourre jeu du nombre illusoire des doigts

Seigneur faites Seigneur qu’un jour je m’énamoure

Avec ou sans accent aigu.

Ainsi nous observons qu’en anglais « Je suis amoureux(se) de toi » se dit: »I am in love with you », c’est à dire littéralement  » Je suis en amour avec toi ».

« En amour avec toi… ». Quelle belle rêverie du lieu d’amour s’ouvre ici, qui englobe le mystère de l’autre en une même intimité d’âme.

A la lisière entre la traduction de l’œuvre étrangère et les (re)trouvailles de l’écrivain (avec) en sa langue natale, voici l’auteur étranger qui découvre la langue (française en l’occurrence) et va peu à peu devenir ce bilingue de la plume.

Découvrons à ce sujet ici le témoignage 8 d’Abdelkébir Khatibi où je relève les notions étonnantes que constituent ce rapport avec le silence, cet « amour de l’illisible » né dans l’enfance et fortement présent dans l’œuvre de l’adulte et enfin cette évocation d’une traduction du français en français: 9

Le français a été, pendant mon enfance, une langue silencieuse, réservée à la lecture et aux autres exercices scolaires. Silencieuse et non pas langue morte comme le latin ou le grec pour les français de ma génération. C’était un devoir, une discipline, une ascèse qui nous enfermait dans un cloître de recueillement, de doute et d’égarement. On ne parlait à personne. (…)Je devais m’en accommoder, apprendre à entendre le silence, ses murmures, ses éclats, ses chutes, ses éblouissements.(…) Est-ce que cette puissance du silence m’a initié à l’écriture (…)? Un jour le silence se mit en retrait. Je monologuais, comme on dit, intérieurement. Mon esprit a dû se réincarner, s’espacer autrement, recevoir un nouveau souffle.(…) Je ne saurais dire à quel degré de lisibilité ou d’illisibilité de ma situation j’étais arrivé à cet âge pour avoir sensibilisé mon corps au rythme, au chant, à la poésie.(…) Je ne fais pas l’éloge de l’illisibilité pour faire lire ce témoignage ou d’autres, mais je pense que Mallarmé a montré la voie d’une traduction inouïe: traduire le français en français.

Voyons donc comment, au cœur même de notre thème, au cœur d’un pays, d’une langue, le créateur littéraire peut explorer des contrées étrangères, des parcs non répertoriés et vraiment réservés aux vieux indiens rusés et aux éternels enfants que sont les poètes et les amoureux.

Que l’écrivain soit à l’avant-garde en matière littéraire n’étonnera personne, que cette avant-garde puisse se teinter d’une noble arrière-garde qui s’enrichit des jeux étymologiques, de la vie aventureuse des mots et du passé de la littérature, devrait être un paradoxe facilement assimilable. Enfin, l’idée que l’écrivain dans le texte évoquant l’amour représente un comble de ce double phénomène devrait peu à peu se faire jour de manière naturelle.

En effet, ce que l’amour vit à chaque instant c’est un état (bien peu statique, fortement dynamique même) de recherche, de questionnement, de réinvention, de non quiétude, de créativité.

C’est bien dans l’amour, à cause, grâce ou pour et avec lui que se ressent pour les amants un besoin d’inventer qui est très proche de la démarche des écrivains.

L’avant-garde.

En même temps, cette avancée créative chemine avec une nécessité de recherche souterraine de l’autre et de soi, trouver l’union en ce « moi » profond qui est l’être « essentiel ».

L’arrière-garde.

Le livre de Vassilis Alexakis nous fait découvrir cette quête complexe en tous sens, où le narrateur à la recherche de son temps passé, vit une histoire d’amour avec sa terre d’origine, les mots, l’énigmatique lettre E qui est au cœur du récit, ainsi qu’ avec les entités féminines, la mère et la jeune femme aimée, Vaguélio: 10

Les amours débutantes ont besoin de mots nouveaux. Nous en avons inventé plusieurs avec Vaguélio. Je lui ai donné un autre nom et elle a également changé le mien. Nous avons découvert ensuite que ces surnoms avaient une foule de diminutifs. Nous avons attribué des noms inédits aux jeux que nous pratiquions.

Sous la plume de Khatibi, le choix du terme « inédit » n’est pas innocent: on le voit, l’esprit d’inventivité va contaminer l’être, le mot et les jeux.

La mise en abîme que représente alors le travail de l’écrivain auteur d’un texte d’amour, et, plus encore celui de l’auteur amoureux, se révèle d’une considérable évidence!

Poursuivons maintenant notre chemin sur ces terres (pas tout à fait) étrangères où les langues elles-mêmes semblent vivre l’amour en opposition, recherche, rencontres miraculeuses, échos, fusion (effusion) et distinguo (distinction).

Avec Rémy de Gourmont nous découvrons que les homophones « conter », verbe d’auteur par excellence, et « compter », verbe de société marchande, ont en fait des racines communes aux prolongements souterrains qui se moquent des frontières et nous rappellent la notion de scrupule, petite lettre-caillou des alphabets primitifs ET aussi pierres servant de première monnaie d’échange. 11

Pour l’homme de tous les temps et de tous les climats, compter et conter représentent une seule et même opération; un mot les traduit tous les deux: énumérer. Des chiffres ou des faits, on les énumère, on les compte. L’italien et l’espagnol sont d’accord en cela avec l’allemand et avec le danois: contare et contar ont, dans les deux premières langues, la double signification de nos deux mots; en allemand compter c’est zählen, et conter, erzählen: en danois compter, c’est toele et conter, fortoelle. Ce toele nous rappelle que l’anglais tale (conter) a eu primitivement la signification de compter (… ). Il en est de même de notre mot compte, malgré tous les grammairiens; dans compte-rendu d’un livre, on voit le mot computare au point mort où il ne signifie plus compte et ne veut pas encore dire conte.

Oui, le lecteur attentif se rend bien compte que l’aventure des mots est apte à ouvrir les frontières, que le temps et l’histoire enseignent l’élargissement des géographies et qu’il y a là aussi une histoire d’amour (et de guerres) qui œuvre (ou détruit), à grande échelle cette fois.

Il comprend aussi que la connaissance des langues dites étrangères ainsi que celle du passé de la sienne vont contribuer à un notable enrichissement et plus précisément à la préhension d’un état d’entière communion selon un processus de parfaite communication comme l’explique le médecin Alfred Tomatis dans l’ouvrage titré Nous sommes tous nés polyglottes.

La communion entre dans son mot-valise de communication.

Le rite sacré et millénaire rejoint véritablement le mot si moderne et déjà usé par l’usage abusif. On progresse alors en terre d’entente mutuelle et l’amour se teinte d’un esprit de fraternité non négligeable me semble-t-il.

Il n’est pas impossible que l’apprentissage des langues soit une redécouverte des richesses et des limites de chacune d’elles. Les particularismes, qu’ils soient personnels, régionaux ou nationaux ne sont en réalité que des offres ou des appels de dons par le très beau principe de complémentarité/diversité qui est celui de la vie même et que cristallise justement la relation amoureuse.

A propos du fameux « Tu me manques », nous avons vu comment l’Anglais (qui, soit dit au passage, ne cesse de cultiver l’ambiguïté du fameux vouvoiement/tutoiement conseillé aux amants par l’auteur du Petit Fictionnaire Illustré), comment donc l’ « I miss you » (=Tu me manques) se présentait aussi comme « Toi manquer à moi », voire « Moi avoir manqué (raté) toi »!

Retrouvons aux côtés d’un très sérieux chercheur dans son un ouvrage destiné aux candidats au C.A.P.E.S. et à l’Agrégation, la pertinence de ce tour:12

Cela peut sembler curieux, mais une phrase agrammaticale peut fort bien être parfaitement interprétable, c’est à dire se voir assigner une interprétation, alors qu’une phrase grammaticale peut s’avérer ininterprétable. Par exemple: « *Moi aimer toi », bien qu’il constitue un énoncé lourdement agrammatical ne pose aucun problème d’interprétation.

Merci monsieur Maingueneau pour le choix de cet exemple si grammaticalement impropre, mais si sémantiquement pertinent, impertinent, léger et rond comme un ballon d’enfant, un bonheur poétique, un baiser plein d’innocence!

Certes, me direz-vous, nous restons en terre française même s’il y a mimétisme du jargon indien tel qu’il fut importé par les films de notre jeunesse.

Il y a bien incorrection et cependant sens, et même, nous le voyons, sens rejoignant des règlements paradigmatiques d’autres langues, sens replongeant le lecteur dans le jargon puéril, dans l’image même stéréotypée des films d’indiens.

Il y a ouverture, ailleurs, enjambement ludique et dynamique.

Mais revenons au texte poétique.

On va voir que l’importation du mot, ou le transport de l’écrivain vers un ailleurs, ne date ni d’aujourd’hui (la bonne chanson contemporaine sait flirter avec les anglicismes pertinents et poétiques) ni d’hier (voir Apollinaire en particulier).

Double effort d’ouverture pour le lecteur français d’aujourd’hui, puisqu’il va lui falloir d’une part traduire la langue de Marot, d’autre part deviner le prétendu barbarisme dont le poète s’est inspiré! 13

Ung bien petit de pres me venez prendre,

Pour vous payer: oi debvez entendre,

Que je n’euz onc Angloys de votre taille:

Car tout à coup vous criez baille, baille,

Et n’ay de quoi y contre voy me défendre.

Ainsi écrit notre malheureux (en amour, mais aussi en argent) Marot à son « bailleur », son créancier, à qui il ne sait que répondre. Il ne se laisse cependant pas bäillonner et trouve la rime qui dit « bye bye! (bail bail) » puisque son destinataire est Anglais.

Pour savourer en toute connaissance de langues et de causes ce petit clin d’œil poétique, transcrivons ici les notes que propose Gérard Defaux à propos de ce Rondeau: 14

1. Angloys: D’après Cotgraven, un  » Angloys » est « a creditor, that pretends he has much money owing, which is never like to be payed him *« . Mais cet  » Angloys » est aussi de nationalité britannique. Voyez la note suivante.

 » 2. vous criez baille baille: Jeu de mots (bilingue) sur l’expression anglaise  » Bye, bye ». Le créancier est un Anglais, et il est – comme son roi Henri VIII-  » de bonne taille ». D’où la saveur du refrain. Le « bien petit », c’est aussi notre poète, face à son gros créancier exigeant.

C’est maintenant au pays des amants de Vérone que nous faisons incursion, avec l’aide du regard critique de Goldenstein qui remarque, à propos de La Modification que Michel Butor

 » joue constamment d’une anagramme franco-italienne, au demeurant classique, entre Roma et Amor. » 15

Enfin j’ajouterais que la connaissance des langues permet à l’écrivain, mais aussi au lecteur, de saisir des formulations insolites et cela grâce à leur traduction en une autre langue.

Tel est le cas pour le lecteur de cette phrase de Bronowski cité par Roman Jakobson: 16

Toute la progression se love en puissance dans la faiblesse première.

C’est la poétique du verbe « se lover », qui ici agit pour celui qui connaît au moins la signification du mot anglais « love ».

Il y a dans ce verbe une position amoureuse, celle qu’adopte le chat lorsqu’il dort, celle de l’enfant dans le ventre maternel, qui donne à la phrase française un éclat supplémentaire.

S’y niche également un jeu transfrontalier et transséculaire: le « love » de l’amour anglais évoque le « lobe » de l’oreille française et surtout, ici, son ourlet ouvert en forme de rebord de coquillage qui est son profond tympan en forme de labyrinthe : entre les deux chemine une lettre qui de « v » deviendra « b » en français, tandis que le « v » espagnol, lui, gardera la prononciation hybride, une symbiose des deux consonnes.

On voyage loin parfois au cœur et au creux d’un mot en forme de coquillage, nous aurons l’occasion de le prouver plus loin en ce travail, et c’est ici l’ouverture aux autres langues qui nous offre ce plaisir.

Cette possible autre thèse que j’évoquais tout à l’heure mènerait-elle vers un reflet kaléïdoscopique des miroitements de l’âme et de l’amour?

Lisons ici l’incipit du chapitre IX de l’ Esthétique de la langue française17 de Rémy de Gourmont:

J’ai vu naître un mot; c’est voir naître une fleur. Ce mot ne sortira peut-être jamais d’un cercle étroit, mais il existe, c’est lirlie. Comme il n’a jamais été écrit, je suppose sa forme: lir ou lire, la première syllabe ne peut être différente; la seconde, phonétiquement, lie, est sans doute, par analogie, lie, le mot étant conçu au féminin. J’entendais donc, à la campagne, appeler des pommes de terre roses hâtives, des lirlies roses: on ne put me donner aucune explication, et le mot m’étant inutile, je l’oubliai. Dix ans après, en feuilletant un catalogue de grainetier, je fus frappé par le nom d’early rose donné à une pomme de terre, et je compris les syllabes du jardinier Lirlie, outre son phénomène de nationalisation, offre un fait récent de soudure de l’article ( les exemples anciens sont assez nombreux, lierre, luette, loriot), la forme première ayant certainement été irlie.

Voilà un bon exemple et un mot agréable formé par l’heureuse ignorance d’un jardinier. C’est ainsi qu’il faut que la langue dévore tous les mots étrangers qui lui sont nécessaires, qu’elle les rende méconnaissables: qui, sans un tel hasard, en supposant que le mot eût vécu, aurait jamais retrouvé early dans lirlie?

Ce lirlie peut servir de type des mots étrangers qui entrent dans une langue à la fois par la parole et par l’écriture.

( Autre anecdote linguistique analogue. La rose Harry Cower est devenue, pour les jardiniers français, la rose haricot vert.)

Ce passage est intéressant d’abord pour sa relation avec ce qui ici nous occupe, le jeu interlinguistique, et aussi parce que nous assistons là à la naissance d’un mot qui ouvre l’esprit poétique et redonne à la culture belle toute sa nature, toute son essence.

Ainsi les mots nous parlent-ils au-delà des frontières, s’éclairant, s’enrichissant mutuellement.

A en croire les chercheurs il y aurait là pléonasme: toute création littéraire serait « quelque part » issue d'(un) ailleurs, même si celui-ci n’est pas directement perceptible comme linguistique.

A propos du travail d’écriture, Gilles Deleuze évoquait déjà cette 18

(…) langue inouïe, presque étrangère (qui) injecte, bégaie, sursaute (…)

nous rappelant ainsi la notion de maladresse que nous avons tenté de mettre en lumière, et y ajoutant le caractère « étranger ».

Quant à Jean-Pierre Martin il affirme carrément: 19

il n’y a de langue littéraire qu’étrangère, de littérature que comme décollement du terroir et dispositif de déracinement.

Une fois encore le poète, qui plus est celui qui découvre l’amour est en même état que l’étranger et que l’enfant, ce découvreur d’une langue dont il a déjà perçu en la mère sons et rythmes.

Cette perception très filtrée du langage, audition aussi floue que le liquide où il baigne, va rester facteur de l’ émerveillement face au langage.

Joie d’avancer, oui, joie d’apprendre à dire, à lire et à écrire sur le chemin de l’école, mais aussi, et surtout plaisir de l’écoute « asensée », purement musicale, esthétique et sensorielle où, justement, le mot dont le sens est inconnu, ouvre l’imaginaire.

Il (l’enfant) rejoint alors (ou est-ce l’inverse?) l’esthète que nous retrouvons ici: 20

Les mots que j’adore et que je collectionne comme des joyaux* sont ceux dont le sens m’est fermé, ou presque, les syllabes de rêve, les marjolaines et les milloraines, fleurs jamais vues, fuyantes fées qui ne hantent que les chansons de nourrice.

La double comparaison, mot comme fleur-fée, mot comme bijou, se retrouvera un peu plus tard en un petit passage consacré à l’écriture de Colette, éternelle enfant des merveilles qu’un petit « presbytère » fit rêver bien au-delà le du monde savant des adultes tandis que nous retrouvons cette idée du bonheur à ne pas savoir, idée d’une com-préhension qui se détache délicieusement de la phréhension normale et de l’appréhension d’une possible déception.

Devient-on écrivain par hasard?

Pour l’instant, poursuivons nos lectures dotés de cette troisième clé : l’ étrangère.

N’ ouvre-t-elle pas à la fois la porte de la littérature en même temps que celle de la poétique amoureuse, tant ce territoire nous paraît bien revêtir tous les charmes, tous les mystères, toutes les séductions de l’amour lui-même?

3- De l’âge:

« La première étrangère

A qui l’on a dit « tu » » 21

Cette étrangère du Pays Amour que chante Brassens, c’est toute femme dont on s’éprend, surtout si- et tel est le cas- il s’agit du premier amour.

Amour d’adolescence, puis amour d’enfance, le poème nous invite à remonter le temps via l’impérissable souvenir. Pourquoi cette démarche à rebours? Sans aucun doute, déjà, parce que 22

(l’) état amoureux n’est qu’une réédition de faits anciens, une répétition des réactions infantiles, mais c’est là le propre de tout amour et il n’en existe pas qui n’ait son prototype dans l’enfance.

 » J’aimais déjà les étrangères

Quand j’étais un petit enfant » 23 chante un autre troubadour.

Le premier ingrédient de notre potion magique d’éternelle Jouvence est donc d’ordre psychologique, pour ne pas dire psychanalytique. Tout se passe comme si l’amour, chaque amour, était encore et toujours premier. L’adjectif a ici son importance capitale, car il ne s’agit pas de dire que la nouvelle rencontre se réécrit comme la précédente, sur le schémas du premier amour, mais de comprendre que cette stratification, cet effet de calque, donne à voir la texture première et originelle, des êtres eux-mêmes.

Il y a donc bien dans l’amour et (re)découverte d’une identitié initiale, pré-lapsaire et sauvage, d’avant toute domestication culturelle, et , de ce fait, redécouverte de la notion des règles, donc des interdits, donc des tabous. C’est un rappel, un rejaillissement de la source de l’être, avec tout ce que cela suppose d’authentique, oui, de tumultueux aussi si l’on considère l’écart gigantesque entre l’adulte sage, socialement, grammaticalement, culturellement correct, et cet état premier au sens originel.

C’est l’image de a source, mais aussi celle du volcan et de son magma incandescent qui viennent à nouveau s’imposer. Pourquoi s’étonner alors des perturbations que la rencontre amoureuse provoque au cœur de l’être, en ses tréfonds, pourquoi nier que le volcan ainsi réveillé éclate en feux dont les troubles du langage, oral, écrit, sont les témoignages bruts et brûlants?

L’être* amoureux retrouve l’état d’adolescence, d’abord.

Cet état de crise où l’être découvre, souvent avec révolte, les grilles et les cages du monde des adultes.

Cette époque où la notion de faute intervient, dans sa vie sentimentale tout particulièrement, avec le même mot qui jusque-là soulignait de rouge ses erreurs d’orthographe, notion venant censurer les émois instinctifs en même temps qu’elle fait naître la conscience d’un parallélisme entre l’être sensible et son langage (souvenons-nous du joli Mea culpa de Nina Catach! ).

L’adulte amoureux retrouve donc d’abord, étape logique en sa marche à rebours, les troubles juvéniles.

Dès lors il n’a d’autre possibilité que de fuir cet émoi, ou, s’il veut connaître l’amour, d’accepter, de RECHERCHER l’état d’enfance et sa plénitude.

A l’étape du retour vers la crise des quinze ans, il bégaie comme Stendhal, rougit comme Clélia, met, sans le faire exprès, et à sa grande honte, deux « l » à « cela »!

Et Baudelaire d’ajouter: 24

Quant à la faute d’orthographe qui pour certains fait partie de la laideur morale, n’est-il pas superflu de vous expliquer comment elle peut-être tout un poème naïf de souvenirs et de jouissances? Le charmant Alcibiade bégayait si bien, et l’enfance a de si divins baragouinages!

Ce que le poète pense superflu d’expliquer, car, précisément, c’est son inspiration même, c’est en fait le « comment », cette partie de ma thèse (devenir/devenant/devenu du délit en délice) que nous montrons ici après en avoir déroulé le tapis démonstratif.

Comment le trouble, l’erreur, devient régal poétique et enfance de l’art.

Il y a bien là un cheminement vers les débuts de la vie, voyage qui, nous le disions, est celui de l’amoureux et de tout être en quête et dont notre introduction se fit l’écho.

Une voie qui le ramène aux sources premières: enfance, vérité du langage du corps, expression de l’ attendrissement et jaillissement de la matière-eau, originelle: « (…) où l’amoureux prend-il le droit de pleurer, sinon dans un renversement des valeurs, dont le corps est la première cible? Il accepte de retrouver le corps enfant. » 25

Et Maurice Blanchot ajoute : 26

Ecrivain, il lui faut aller – c’est l’exigence irréductible – jusqu’à la source de l’écrit, car il ne commencera d’écrire que s’il réussit à engager avec la parole originaire un rapport direct.

Si du point de vue de la création littéraire en général ce retour vers l’enfance semble bien un dénominateur commun, il semblerait bien, compte tenu de la nature même du sentiment amoureux, que le langage qui l’exprime soit une mise en abîme de ce phénomène.

C’est alors qu’apparaît la notion même d’une poéthique du texte.

Le poète serait bel et bien celui qui fait le choix d’accepter la faute, et même d’en suivre la trace à l’envers du temps, en quête de son sens prélapsaire, en recherche du souffle premier, vers ce que Blanchot appelle encore le « haut-lieu » 27 , le paradis d’enfance.

Le langage poétique serait alors le fruit de ce voyage certes paradoxal (ce paradoxe, notion remarquable d’emblée et qui n’a cessé de se vérifier) où l’adulte, qui plus est l’ écrivain reconnu en « haut-lieu », travaille en profondeur le texte en même temps que lui-même, traversant la faute, le trouble, la brûlure, pour mieux la dire.

Offrir le délice, après le cheminement souvent douloureux en terre à des délits, suivi de la retrouvaille émerveillée de cet univers de rêve où la faute est belle, un amour de faute, comme nous le sous-titrions, tel est l’essentiel de son métier d’éternel écolier « (…) car l’amour se fait mieux en langage enfançon. » 28 nous confie le poète de l’âge baroque qui précise l’idée en termes d’explication stylistique:

« J’aime tant ce parler bégayement mignard

Qui sent encor le lait d’une voix enfantine. » 29

Puisque l’offrande du délice est aussi l’horizon d’attente de celui qui écrit, il est important ici de revenir au rôle du récepteur qui, à son tour, lecteur ou auditeur d’un texte, capte ce souffle, cet effet (plein) de tout le cheminement véritablement labyrinthique du mot.

C’est là aussi une histoire d’amour qui se trame entre l’auteur et le lecteur, via le texte.

Parole à Christian Bobin pour qui « La lecture suscite une absence qui ramène vers cette prime enfance au bord de cet amour qui à jamais manquera de mots. » 30

N’est-ce pas merveilleux?

Voilà que le lecteur est appelé par le texte lui-même à faire cette même traversée en arrière, invité à y retrouver sa propre mémoire, sa propre part du manque, dénuée de mots: l’amour.

Le texte alors apparaît comme tout à la fois révélateur et comble de ce manque.

Or, c’est exactement ce qu’il est pour son auteur lui-même, et très exactement ce qu’il dit/cache, ce texte d’amour.

J’aimerais évoquer ici la parole d’une femme écrivain et ce par le truchement du critique Jérôme Garcin qui conclut ainsi son hommage à Nathalie Sarraute à l’occasion de la parution de son livre Ouvrez que nous avons déjà entrouvert en ce travail 31:

Mme Sarraute, qui, tout au long de sa vie, a préféré chercher ce qu’il y a derrière les mots que fouiller des personnages, faire entendre le langage à l’état naissant que montrer l’humanité dans sa triste maturité, ajoute in fine à son œuvre cet impromptu étincelant où, sous nos yeux, le verbe se fait cher. Et dans la bonne humeur.

L’adjectif qui s’impose est celui d’enfantin, autre clé du langage poétique. Que ce soit une femme qui lui donne corps est on ne peut plus naturel.

Invités par Sieur Garcin suivons donc ces Dames puisqu’un titre à l’expert impératif nous y convie.

4- Des genres:

-De lune et de neige:

Notons d’abord que la notion de genres qui titre ce chapitre est utilisée tout autant en grammaire qu’en anthropologie.

Grammaticalement, c’est la grande barrière qui scinde en deux territoires nos substantifs français, et, ce faisant, répartit les deux armées qui leur sont respectivement attribuées, c’est-à-dire justement les attributs (du sujet, de l’objet) mais aussi les épithètes, les adjectifs apposés et le bataillon très fourni des déterminants, sans compter certains substituts du nom ou du groupe-nom que sont les pronoms.

Dans la phrase simple minimale que nous avons évoquée plus avant, le groupe nominal, appelé encore thème vient imprimer sa marque de genre (et de nombre) en même temps qu’il oblige à l’application de la fameuse règle des accords qui provoque tant de fautes dans les dictées!

On peut se demander ce qui est à l’origine de cette dualité des noms.

Tout se passe comme si la part substantielle de notre panel paradigmatique était le reflet de la classification en deux sexes de l’espèce humaine.

L’une, l’un.

Quelle est la place, la signification, du neutre?

Hybride ou asexué?

Etre vivant ou objet? Goethe prétendait que tout était vivant, y compris ce que nous appelons objets, les minéraux par exemple.

Ces questions restent en suspens dès lors que la réflexion, se dédouanant elle-même des frontières de l’hexagone, élargit son champ géographique, mais aussi temporel.

L’une, lune…. écoutons plutôt: 32

( …) en allemand, c’est la lune, der Mond, qui poursuit le soleil, die Sonne. Il y avait donc, dès l’indo-européen commun, entre le masculin et le féminin, une extrême confusion, qui n’a fait que s’aggraver au cours des siècles. Et non seulement entre le masculin et le féminin, mais entre le masculin, le féminin et le neutre. Pour désigner « la rose », un même radical pris au substrat méditerranéen a produit en grec rhodon, neutre, et en latin rosa, féminin.

(… )

sauf dans les langues slaves et en grec moderne, le neutre a conflué avec le masculin; le féminin a généralement subsisté, mais pas partout: l’anglais, les langues scandinaves n’ont plus, pour les noms, qu’un genre indifférencié, un genre animé, comme aux origines.

Ainsi s’exprime en connaissance ( il parle douze langues) Georges Dumézil dans un article consacré au genre des noms, article qui laisse songeur quant à l’évolution des scissions, fusions et confusions linguistiques sur ce point.

Or je remarque qu’il s’établit là (en ces confusions) un parallélisme entre la grammaire et l’humain.

La notion « d’objet étrangement hybride  » (songeons au temps « androgyne » de Bachelard) évoquée en cet ouvrage ainsi que le concept du « ça » venant lier amoureusement et problématiquement ces « je » et « tu » d’elle et de lui, êtres réunis tous deux dans la difficile conjugaison du verbe aimer, ces données donc resurgissent et trouvent leur corollaire dans l’organisation fluctuante de la grammaire.

Ceci n’est pas anodin et nous conforte bien dans la justesse de la comparaison établie entre la matière linguistique et l’amour, entité psychologico-sentimentale et réalité physique pour le moins duelle.

De plus, nous ravivons ici une remarque faite au fil de nos découvertes poétiques:

En effet, après avoir évoqué la difficulté à cerner l’essence (la substance) du verbe d’amour, l’aimer, nous avons vu aussi comment sa conjugaison sous la plume des poètes, devient (re) créative, comment en particulier il y a en leurs textes comme naissance d’un nombre (le singulier-pluriel) ainsi que d’un genre nouveau, par lesquels le poème d’amour interroge les mystères grammaticaux (en particulier ces verbes d’intempéries dits impersonnels) et leur attribue le genre de leur substance, de leur matière, de leur cristallisation sous forme d’éléments.

Ma thèse va-t-elle soudain se transformer en un manifeste féministe?

Certes non!

Mais il reste important en cette recherche éminemment consacrée au lien amoureux entre Lui et Elle, Elle et Lui, de ne pas occulter le constat qui suit:

De la fable biblique (Eve née d’une côte d’Adam, donc, en second terme et lieu) aux réalités quotidiennes encore actuelles, sociale et civique, politique, (droit de vote tardif et non universel), culturelle, professionnelle, mais aussi familiale, maritale, la femme est la seconde sur cette terre marquée jusqu’à son calendrier par UN dieu, édicteur des termes de bien et de mal.

Alors, bien évidemment, c’est elle aussi la grande fautive ce dont notre usage grammatical encore porte trace, ainsi que nous l’explique Christian Levesque dans la page ci-contre qui s’inscrit en droite ligne dans ma recherche sur la faute  33.

Nous sera-t-il permis à cet endroit de créer le terme de fallocratie afin d’y mettre… un terme!

Car si femme faute, femme seconde! Et cette fois il s’agit du verbe, non plus de l’adjectif: elle conseille, secourt, et chérit cet autre grand enfant qu’est bien souvent l’Adam.

Elle est donc en quelque sorte sa femme-mère.

Elle est enfin, et ce n’est pas rien, celle qui donne la vie, oui, et -merveilleux non-privilège, celle aussi qui ne porte pas l’arme, ne donne pas la mort, ne fait pas la guerre, sauf rares exceptions venant confirmer cette jolie règle d’humanisme !

Toutes ces données font d’elle la douce opposée de lui!

Et cela sans aucun doute doit entrer en notre questionnement sur l’amour.

Sur son écriture.

D’ailleurs il ne le nie pas. Lorsqu’enfin amoureux, il avoue qu’elle est et reste son impertinence verbale, son temps qu’il fait: 34

Elle pleut,

Elle fait beau,

Elle neige,

Elle fait belle,

Elle grêle,

Elle fait soleil,

Elle fait froid

Elle fait chaud,

Tour à tour…

Le cancre Verlaine a semé sa douce pluie sur le chapitre des verbes impersonnels d’intempérie et l’amour, qui se dit au féminin et -ou-au masculin est bien faiseur de troubles atmosphériques en tous genres!. Avancerait-on un peu sous les nues ?

Le poète amoureux aujourd’hui comme hier, il rêve d’être, sur sa bouche offerte le temps qui passe et le temps qu’il fait, baiser de mot, flocon amoureux où temps des verbes et pronoms de tous genres fondraient délicieusement en la substance du délit-délice avoué: 35

Je connaîtrons cette femme idéale

et lentement je neigerai sur sa bouche.

Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau temps.

A-t-il plu? Et de quel genre de nuage est né ce mot-éponyme « Calembourdes », où le lecteur comprend aux côtés de Dame Marie Treps que « l’état amoureux fait d’un pataquès un lapsus » 36 quand elle évoque l’héroïne de Belle du Seigneurqui « s’emmêle les crayons » 37 tout en précisant que « la calembourde donne de la chair aux personnages, éclaire les personnalités, révèle les tempéraments (… ) et participe de la fonction expressive du langage. » 38 ?

Que conclure de ce premier point sinon que dans la poésie amoureuse apparaît subtilement la disparition de la disparité, de l’iniquité millénaire et militaire entre statuts masculin et féminin et que cette apparition s’opère précisément par subversion des règles grammaticales fondées sur la scission des genres.

– D’ Eve oubliée:

Que, dès le seizième siècle, ce soit une femme qui ait donné à la littérature d’amour ses lettres de noblesse, que cette femme soit cependant occultée par rapport à ses contemporains masculins, semble particulièrement parlant.

« Mais où sont les neiges d’antan? » 39 soupire Georges Brassens tandis que Sylvie-Anne Freyermuth cite son maître de recherche, Georges Kleiber, qui propose et commente, au croisement de leurs réflexions de linguistes, cet exemple d’ « erreur » sur le genre pronominal:

« *Il*neige et elle tient. Bien que grammaticalement incorrecte, cette phrase est « stellarisée » car, selon Kleiber,  » la théorie de la pertinence elle-même ne se trouve pas prise en défaut  » 40  » 41

Savourons cette notion de stellarisation, éclat(ement) d’étoiles, en même temps que nous comprenons de façon lumineuse les composantes du titre de la thèse de Madame Freyermuth, car, si la fusion entre l’écrit et l’oral nous a été depuis longtemps démontrée, de même que la pertinence de l’écolier malgré l’incorrection soulignée par la grammaire, celle d’hybridité venant plaider pour une profondeur du texte éclaire d’une manière non négligeable notre propos.

Tout ce que nous avons dit de l’histoire des femmes, de l’Eve oubliée, toujours seconde, secondant et secondaire, et pourtant première dans le combat de la vie et le non-combat guerrier, trouve ici sa place. C’est encore une fois le travail du Professeur Freyermuth que nous allons citer, avec cette présentation d’un début de roman inventé par elle. J’ai respecté la calligraphie en caractères gras des éléments soulignés par « le » chercheur »): 42

« Elle se tenait droite sur la tribune, l’éclat du regard ricochant sur l’horizon, un peu au-dessus du dernier gradin. Le Ministre de l’Eau et de la Pollution n’avait pas du tout l’intention de se laisser intimider par les patrons des plus puissantes multinationales. « 

Dans la version du pronom-substitut, la séquence devrait être ininterprétable puisque elle et le Ministre sont incompatibles en genre. Or le décodeur n’a aucune difficulté à comprendre que le narrateur parle d’une seule et même personne. (… ) il est cohérent qu’un ministre se tienne à une tribune pour y prononcer un discours. Donc elle et la description définie renvoient au même référent.

J’ajoute à cette parole de linguiste les éléments suivants:

Le décodeur sait aussi que l’entité féminine (elle) verticalement posée, opposée à ces rangs de puissance masculine, n’est pas encore reconnue comme actante politique. La rareté de ces attributions de postes n’a d’égale que son exact reflet dans les acceptations grammaticales que  » le ministre », désignant une femme, illustre à merveille.

Notons au passage et entre parenthèses la qualité d’expression de cet extrait d’un texte d’apprenti-scripteur. Et faisons le point sur cette notion de genre.

Genre des humains, genre des noms, mais aussi des textes : on parlera de manière quasi indifférenciée de genres ou de types littéraires pour désigner par exemple le roman, le théâtre, la poésie et enfin, dans l’expression du langage familier, du genre pris comme apparence, et souvent de manière péjorative (« il a un drôle de genre », « ça fait mauvais genre »).

Il semble en effet que se nouent ici plusieurs fils que la Belle Cordelière ne renierait pas sans doute!

Qu’ont-elles à coudre, à raccommoder ou à broder en notre texture poétique du langage amoureux?

Qu’ont-elles à éclairer sur le sentiment-amour?

Qu’ont-elles à dire sur…

-Notion de virilité

Le genre humain. Les genres grammaticaux.

Ecoutons l’humaniste masculin, Barthes, parler du féminin dans un de ses Fragments d’un discours amoureux: 43

Aimer et être amoureux ont des rapports difficiles (… ) je veux saisir, farouchement, mais aussi je sais donner, activement. Qui peut donc réussir cette dialectique? Qui, sinon la femme, celle qui ne se dirige vers aucun objet- seulement vers… le don? Si donc tel amoureux parvient à « aimer », c’est dans la mesure même où il se féminise, rejoint la classe des Grandes Amoureuse, des Suffisamment Bonnes.

Ainsi se tiennent nos promesses qui faisaient préambule à ce passage consacré aux barrières des genres.

Lune, neige, Eve oubliée, oui, mais aussi on le voit, une certaine image de la virilité qui, redécouvrant son altérité intrinsèque, sa part féminine, retrouvera alors la femme et l’amour possible en même temps que sa propre et belle étymologie. Virtus. Vertu.

C’est alors tout un pan de mur, gigantesque, qui s’abat.

Pan de mur qui, nous l’avons bien perçu en ces réflexions successives, avait fait de la ville Amour, une vile cité, un Berlin de guerre!

Tout le champ lexical de Polemos sous-jascent dans les textes d’amour, s’effondre et laisse place à l’ être (le nom ici égale bien le verbe), à deux êtres humains différents et égaux, et complémentaires, et s’enrichissant mutuellement de la présence de l’autre comme composante de soi-même.

Car la réciproque est vraie, et de plus en plus actualisée, fort heureusement: Mesdames les ministres ont des choses à dire, pacifiques guerrières! En cet état (cette fonction) elles font preuve de la puissance et du dynamisme jusqu’ici considérés comme apanages masculins et le font en idéal humaniste.

Elles savaient depuis longtemps leur potentiel de virtus. Désormais elles le réalisent car  » Les temps sont venus d’un mariage entre nos deux cerveaux, d’un mariage entre le masculin et le féminin respectivement prépondérant, dans l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit…  » 44

Il était temps en effet de réconcilier les deux moitiés de la planète humaine!

Ce que le concept macroscopique réalise ici, le langage (la langue) d’amour en avait déjà tissé, par le dit amoureux, la miniaturisation.

N’oublions pas que le langage est d’abord pour tout être humain intra-utéro une relation on ne peut plus intime et profondément privilégiée avec la mère, la femme.

Je cite ici le résultat des travaux d’un groupe de chercheurs et en particulier Carolyn Granier-Deferre qui remarque: 45

Quand on pense aux capacités très fines de discrimination auditive du nouveau-né, en particulier dans le domaine du langage, et à certains des résultats que nous avons obtenus chez le foetus, on peut aussi considérer que cette exposition prénatale aux sons de la parole, en tout cas à certaines de ses caractéristiques prosodiques, entraîne non seulement une familiarisation mais une sensibilisation aux sons du langage qui contribue à expliquer des performances que l’on observe après la naissance. Ainsi, l’intonation, le rythme de la voix, jouent probablement un rôle important dans la reconnaissance de la voix maternelle.

Et Jean-Pierre Lecanuet d’enchaîner: 46

On peut ici évoquer un autre aspect formateur de l’exposition prénatale à la voix maternelle. Si, comme le suggèrent ces études, le nouveau-né de quelques heures peut « reconnaître » la voix maternelle à partir d’éléments acoustiques de cette voix entendue in utero, on peut supposer que cela exercera un effet positif sur l’établissement de la relation mère-enfant dès cette période.

Dans un autre registre textuel, j’aimerais relever cette strophe d’une chanson intitulée Les Voix47

Les voix des femmes elles sonnent bon,

Elles nous arrivent du plus profond,

De là où le ventre était rond.

C’est elles qui ont ouvert le son,

C’est elles qui ont donné le ton,

Elles, sans même le savoir qui ont

Offert nos oreilles aux chansons.

Ce qui nous paraît en effet très évident, c’est la force première de la relation femme-découverte du langage.

Ce que la vie réalise ensuite, c’est le détachement.

La parole sociale, normée, semble donc mimer la coupe du cordon ombilical.

Est-ce à dire que l’être recherchera toute sa vie dans l’amour, la recouture, le noeud, le lien idéal qui fait de l’autre la moitié de soi? Quoi qu’il en soit, il est évident que les femmes peuvent apporter aujourd’hui de manière très explicite, et littéraire en particulier, ce qu’elles n’ont cessé d’apporter de manière physique, depuis les origines de la vie.

Voici pourquoi, avant d’ouvrir les grilles du jardin des merveilles de Colette, femme-femme et tendre guerrière de plume, nous entrecroisons ici les mots de deux femmes, Martine Broda qui, penchée sur l’œuvre d’Aragon, rappelle que si « la femme est l’avenir de l’homme », c’est que l’accomplissement de l’amour(…) présuppose (…)la venue d’une femme enfin libre et égale, comme Elsa, la compagne et la femme toujours à venir. » 48 et Marina Yaguello, dont nous présentons ci-contre le fruit des recherches 49 et tout particulièrement l’étonnant dictionnaire d’appellations bien peu contrôlées qui désignent la femme, tandis que nous accueillerons une fois encore Roland Barthes, qui, évoquant les injustices de la communication, explique comment celui qui se résigne à parler sans attendre de réponse acquerrait une force d’essence maternelle 50

Comme désir, la lettre d’amour attend sa réponse; elle enjoint implicitement à l’autre de répondre (… )

( Celui qui accepterait les « injustices » de la communication, celui qui continuerait de parler légèrement, tendrement, sans qu’on lui réponde, celui-là acquerrait une grande maîtrise: celle de la Mère. )

Que d’idées en si peu de mots!

D’abord l’analyse fine de la lettre comme expression du désir, comme composante de l’amour et horizon d’attente et aussi cette nature essentiellement maternelle, donc féminine, de la maîtrise du silence par la tendresse, c’est à dire en quelque sorte de la continuité du tissage amoureux, hors contexte de duo, et surtout de duel.

Nous arrivons aux sommets de l’œuvre d’amour, à sa quintessence.

Un travail d’araignée qui se fait DANS le vide, s’Y suspend et LE fait disparaître!

Un travail sans filet, créant un filet sans canevas!

Cent fois sur leur non-métier les écrivains ne font-ils pas des merveilles!

Au seuil de ce passage, nous voulons comme promis présenter au lecteur quelques pages consacrées à celle qui, de genre (très) féminin fit scandale par son mauvais genre ostensiblement affiché. Celle qui, romancière inoubliable, a marqué de son empreinte le texte d’amour et d’amours en en écrivant toutes les facettes, toutes les étapes, de la tendre germination du Blé en herbe aux amours sensuelles, de l’ innocente Claudine en passant par cet amour fabuleux qui, au-delà du genre, de l’espèce humaine, embrassant faune et flore, irrigue ses plus belles pages et nous invite ainsi au jardin délicieux du chapitre suivant.

– Colette:

Si nous avons réservé à l’auteur du « cella » une place de choix en cette poétique de l’amour, lui consacrant le degré zéro du silence sublime, c’est à « Colette l’irrégulière » 51, fautive, marginale, innocente, charnelle, spirituelle en diable, que nous nous devons de rendre ici hommage.

Nous allons voir comment cet oiseau rare sème en sa vie et ses ouvrages la parole amoureuse.

Comment par elle, les fils tressés de notre pensée viennent s’entrecroiser.

Comment ces clés que nous venons de découvrir en chemin sont siennes et comment elle nous invite à la découverte de celles qui compléteront le trousseau.

D’abord, donc, l’irrégulière. En quelque sorte la fauteuse, la scandaleuse, celle qui se fait remarquer, étonne, surprend.

L’amour, Colette connaît. Les amours aussi. Grammaticalement féminines au pluriel.

Le plaisir, oui, mais aussi la souffrance.

L’ambivalence du sentiment autant que celle des êtres qu’il touche est lisible dans l’œuvre de la romancière via ses personnages.

Cette touchante touche-à-tout saura mieux que quiconque nous frôler amoureusement d’une plume à la fois légère et sauvage, se donnant aux vents de tous les genres, mettant en scène, au sens très théâtral, ses émotions et ses folles rêveries, se prêtant à tous les jeux de duos et duettistes, depuis la soumission aveugle et passionnée à l’amant, ce Willy dont elle accepte l’ombre et les trahisons d’écrivain et d’homme, jusqu’à la merveilleuse collaboration artistique avec Ravel pour L’enfant et les sortilèges.

L’amour se fait à deux, le texte aussi parfois.

Mine de sensibilité et de fantaisie, la dame n’ignore rien du mélange des genres et nous fait saisir d’une manière toute instinctive et esthétique bien des messages qui dépassent le cloisonnement conceptuel.

Dons, acceptations, souplesse d’adaptation, se doublent en même temps d’une nature farouche et de plus en plus indomptable.

Sensuelle et rêveuse, énergique et rebelle, Colette réussit la symbiose des contraires qu’elle cultive jusqu’à leur perfection.

Son irrégularité est amour, essentiellement, et les termes de délits et de délices lui vont comme un gant!

Celui de délicatesse aussi qui est la peut-être bien la touche, l’empreinte de la féminine patte.

Pour le plaisir de l’esprit et des sens, découvrons donc successivement en cette thèse l’amoureuse singulière, l’intime étrangère, la joaillière des mots, la femme-enfant et enfin la féline au jardin des merveilles.

* L’amoureuse singulière:

Colette, (pré)nom propre. Invariable? Et en quel (s) genre(s)?

Ecoutons Guillaume Apollinaire se faire critique littéraire et jouer avec deux des mots-clés de notre thèse pour ouvrir la porte du jardin secret* de la belle: 52

Comme elle respecte la grammaire! Le premier amour de Colette Willy était au masculin à cause du nombre singulier que demande ce genre. Après celui-là pour rien au monde elle ne voudrait mettre ses amours autrement qu’au féminin.

Au-delà du trait d’esprit du poète, se lit l’hommage de l’homme de lettres à une libertine remarquable. D’abord parce qu’elle vécut totalement ses amours, faisant fi des barrières de la société et de ses tartuffes, faisant fi des clivages de genres, de bons ou mauvais genre, mais aussi parce qu’elle reste, et de plus en plus, maîtresse du jeu, de l’art d’écrire, pionnière qu’elle est en ce territoire où sa consoeur de plume, la belle Cordelière, le sait: le masculin se veut (?) seul occupant reconnu.

Apollinaire confirme: 53

C’est ce que j’ai pensé comprendre en lisant les diverses fantaisies qu’elle a intitulées Les Vrilles de la vigne.

Ce livre charmant aura une fortune singulière. Certes, son succès est assuré à cause des grâces qui l’ornent. Il possède ce charme qui, à l’exclusion des livres masculins, embellit seulement certains ouvrages féminins trop rares pour l’honneur de la littérature où l’on n’a pas rencontré assez souvent de femme ayant su conserver sa gentillesse après avoir acquis des prétentions. Certes, tous ceux qui liront ce livre seront d’accord pour admirer une impérieuse légèreté qui élèvera tout droit Colette Willy au Paradis quand le moment sera venu. Certes! … mais on ne saisira pas tout de suite ce qu’il y a de nouveau dans Les Vrilles de la vigne. Croyez-moi, c’est une arcane dont l’étude est interdite à la plupart des contemporains. On y trouve des beautés de premier ordre qui ne sont rien d’autre que d’émouvants frissons de la chair.

Ce commentaire apollinairien est d’une considérable richesse. Les idées s’y enchaînent et fusent en toutes directions, traçant un horizon de pensée sienne en même temps qu’une aura gigantesque.

Là le critique est, se désire (« C’est ce que j’ai pensé comprendre » dit-il si modestement) digne de celle dont il parle.

Il est lui-même poète, et, au-delà des concepts, connaît le saisissement par l’ instinct, par l’ intuition, par l’intérieur, ce qui lui laisse le droit d’affirmer et le devoir d’expliquer qu’une œuvre est rarement « saisie » en ses « arcanes » par « la plupart des contemporains ».

Ce n’est pas là jugement socialement sectaire, loin de là, mais Apollinaire ne peut ignorer que la sensibilité, la pratique poétique au sens le plus quotidien, le plus authentique de ces termes et qui n’a strictement rien à voir avec la cuture officielle en vogue, capte immédiatement les ondes étranges et intimes qui émanent d’un texte, comme si « quelque part », dès avant même l’accès mérité au possible paradis, une tribu poétique, sur cette terre, étendait des réseaux d’entendement imperceptibles en leur jaillissement premier par l’oreille non « familiarisée ».

L’hommage d’Apollinaire parle d’abord de et à la sensiblité qui contient le sens et le dépasse,

« rien d’autre que d’émouvants frissons de la chair » dit-il en maniant une fois encore l’art subtil de l’euphémisme.

Si l’on observe attentivement le vocabulaire du poète-critique littéraire, on voit se dessiner deux champs sémantiques essentiels autant qu’opposés:

Celui qui accueille « fantaisies », « charmant », « grâce », « ornent », « embellit, « gentillesse », « légèreté », « beauté », et que l’on pourrait nommer champ lexical de l’éternel féminin avec tout ce que cela comporte, bien sûr, de stéréotypie et que l’idiome, expression depuis longtemps figée, laisse entendre.

Et cet autre champ, plus guerrier, plus conventionnellement masculin, englobant les termes de « succès », « possède », « impérieuse », « élèvera », « premier ordre ».

Or Apollinaire en ces lignes semble bien confronter la littérature des hommes à celle des rares trop rare(s) femmes qui perçurent en Colette celle qui justement se détache, la remarquable tout autant que celle qui se fit la remarquée, la scandaleuse des scènes parisiennes, celle qui tout bonnement échappe à la fatidique dichotomie engendreuse d’opposition.

Expliquons-nous:

Selon le poète, les femmes qui jusque-là se sont hasardées en ce territoire très occupé, très envahi, auraient vite perdu leur « grâce », cette « gentillesse » naturelle pour avoir franchi les frontières d’un pays par tradition étranger, voire ennemi.

Devenant d’abord guerrières contre le masculin, puis devenues armées, intégrées, guerrières tout comme lui.

Colette, elle, réalise la fusion-diffusion des genres en sa propre personnalité, en ses amours, en son œuvre dont l’oxymorique expression du brillant critique, « impérieuse légèreté », qualifie le secret.

Elle, avec énergie ET subtilité, pénètre en ce territoire d’homme d’une manière telle que, séduisant tout à la fois l’homme (même et y compris l’écrivain) et la femme (lectrice, ou de chair, ou les deux à la fois) réconcilie les séculaires ennemis sur l’un des terrains mêmes de leur (cause de) mésentente: le papier publié! Elle s’offre comme alter-native et permet l’autre naissance, un renouvellement de la littérature par insufflement d’un langage érotisé et puissamment charnel.

Cette femme-femme au royaume des gens de lettres scelle un pacte nouveau en des arcanes qui n’ont pas échappé au poète de la modernité, incorrigible (Dieu merci! ) adorateur du Beau et de l’Amour.

De singulière, dès lors, elle devient la belle étrangère de chez nous! Celle qui, apposant/ proposant, tel un sceau sur notre langue et notre littérature, son accent personnel, va ouvrir et la lettre, et l’ouïe, et l’esprit, et permettre ainsi un enrichissement du sens par les sens.

Double fusion des dichotomies de genre et de nombre.

* L’étrangère:

Comment cette caractéristique se révèle-t-elle de façon précise dans le texte colettien?

De façon double, là encore!

D’une part c’est à l’intérieur même de sa langue natale que Colette joue (s’amuse, se moque gracieusement) des barrières qui délimitent les registres et les niveaux de langage, barrières circonscrivant, donc séparant, les ghettos, les quartiers banals, et les beaux arrondissements de Madame la Langue!

Petite fille mal élevée, elle élève ainsi le texte en des contrées plurielles où les termes précieux sont tout étonnés de côtoyer en une même page leurs rustres et rustiques semblables!

Cette intégration-là est un réciproque enrichissement qui crée un métissage linguistique défiant toute tentative de classification de l’art de Colette en une hypothétique pyramide hiérarchisante du langage.

C’est ainsi qu’à propos de l’écriture du conte L’Enfant et les sortilèges, Jacques Dupont nous fait remarquer que 54

On peut refuser la sophistication archaïsante des  » Pâtres » et « Pastoures », ou ne sourire que modérément à la fugitive parodie du style noble qui est prêtée au feu. Mais (qu’) il faut bien comprendre que tout cela participe d’une intention esthétique qui recourt à la diversité des niveaux de langue.

Ce regard, venant rejoindre l’amoureuse critique de Guillaume Apollinaire, l’éclaire de façon à la fois plus illustrative, certes, mais aussi plus théorisante.

C’est ce même éclairage qui alors se reflète en l’œuvre de la dame, tant il est vrai qu’en plus des critères et qualités d’émotion et de sensibilité intuitive s’ajoute une intention qui, d’esthétique en sa forme, se propose sans doute également comme éthique dans ses motivations et ses horizons.

Loin des esprits sectaires et des ségrégations, la belle romancière, la ludique conteuse, ouvre nos frontières intra-nationales.

D’autre part et de plus, c’est avec jubilation qu’elle sait accueillir l’altérité des langues venues d’ailleurs.

Là encore, elle joue, nous explique le critique, elle se livre en effet à 55

de plaisantes imitations d’idiomes étrangers. L’effet d’exotisme, motivé par l’existence d’une tasse « chinoise » et d’une théière « anglaise » est d’ailleurs assez retors, puisque  » nose » et « chose », « fellow » et « costaud », en rimant approximativement, semblent annuler leur origine respective ( jeux qui doivent peut-être quelque chose aux singuliers échanges linguistiques qui avaient lieu entre la fille de Colette et sa gouvernante anglaise, Miss Draper) (… ) Ce salmigondis langagier, qui relève du parti pris de variété et de fantaisie verbale (… ) imite moins qu’il ne transpose, vu et revu par une adulte attentive et qui a bonne mémoire, l’usage volontiers ludique, affranchi de toute obédience stricte au « sens » que les enfants font des mots ou des structures syntaxiques.

Ne sommes-nous pas ici au cœur même de ce qui anime toute notre réflexion?

Intention, parti pris de fantaisie, sont les marques des recherches (trouvailles) littéraires d’une Colette qui signe et persiste en son désir d’inventivité.

Si les frontières, les grilles et les cages existent, c’est à seule fin, dirait-on, qu’elle s’en (et nous en) régale et que sa plume vive, alerte et légère les franchisse allègrement! Elle fait de l’ordre et de l’étroitesse le terreau premier de ses envolées, transforme les « obstacles » en de salutaires complices de ses pirouettes de plume!

Délits-délices.

*La joaillière des mots:

Je laisse ici, tout comme je l’avais fait pour Stendhal, un écrin vierge de commentaire, écrin où viendront se nicher les joyaux offerts par la très précieuse (jamais ridicule) dame de notre littérature, écrin qui nous révélera « (…)la nature enfouie dans les dictionnaires: des mots, ces pierres précieuses, ces merveilleux sédiments.  » 56

CRISTAL DE L’ENFANCE 57

Matins d’hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d’avant le lever du jour, jardin deviné dans l’aube obscure, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d’heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, – coups d’éventail des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d’un jet d’eau… Ô tous les hivers de mon enfance, une journée d’hiver vient de vous rendre à moi!

GRIFFES DE CORAIL 58

Je ne savais que rire et crier, en foulant la longue herbe juteuse qui tachait ma robe… Ta tranquille joie veillait sur ma folie, et quand j’ai tendu la main pour atteindre ces églantines, tu sais d’un rose si ému – la tienne a rompu la branche avant moi, et tu as enlevé, une à une, les petites épines courbes, couleur de corail, en formes de griffes… tu m’as donné les fleurs désarmées…

OR ET SAPHIR: LE REGARD 59

A quoi penses-tu, toi, la tête renversée? Tes yeux tranquilles se lèvent vers le soleil qu’ils bravent (… ) Le soleil a marché sur le sable… (… ) La chatte siamoise, tout à l’heure morte d’aise sur le mur tiède, ouvre soudain ses yeux de saphir dans son masque de velours noir…

PERLES QUI DANSENT 60

Ô toi qui me nommes danseuse, sache, aujourd’hui, que je n’ai pas appris à danser. Tu m’as rencontrée petite et joyeuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. (… ) Tu ne regardais pas mon visage, mais tu suivais le mouvement de mes genoux, le balancement de ma taille, tu lisais sur le sable la forme de mes talons nus, l’empreinte de mes doigts écartés, que tu comparais à celle de cinq perles inégales…

FRÔLEMENTS ARGENTES 61

Quoi? … ma vie aussi est inutile? Non, Toby-Chien. Moi, j’aime. J’aime tant tout ce que j’aime, et quel plaisir je me donne en aimant! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance

m’ emplit ce que j’aime! … C’est cela que je nomme le frôlement du bonheur. Le frôlement du bonheur… caresse impalpable qui creuse le long de mon dos un sillon velouté, comme le bout d’une aile creuse l’onde… Frisson mystérieux prêt à se fondre en larmes, angoisse légère que je cherche et qui m’atteint devant un cher paysage argenté de brouillard.

Cristaux et coraux, or et argent, perles et saphir, les mots-bijoux de Colette sont de rares alliages de minéraux, de fruits et de fleurs, de poils et de plumes, de chair et d’azur, chaque mot est joyau dont le texte entier, tissé de silence, de velours, de doute, de nostalgie, se fait écrin, parfois écran, subtilement tamisant ou réfléchissant la lumière.

Et si c’est Francis Ponge qui a ouvert ce coffret en forme de dictionnaire onirique, de boîte à mots-bijoux, c’est Henri Michaux qui le referme avec un petit amour de texte qui, jouant les objets de pacotille, invente termes et définitions avec le sérieux des grands dictionnaires d’usage classique et l’esprit poétique des créateurs..

Ainsi découvrons-nous les Ecoravettes qui peuvent être lues et interprétées, de mille manières mais qui sont essentiellement féminines, enfantines (suffixe « ette » qui dit hypochoristiquement « petite »), ni esclaves, ni dominantes, mais fines guides sur les chemins changeants entre terre, sable et océan. C’est de la plante des pieds qu’elles testent le sol et fraient des pistes inconnues à l’homme, qu’elles écoutent la nature même du terrain, qu’elles ponctuent leur chemin textuel.

Détectives de nature, au pied de la lettre, elles métaphorisent pour moi toutes ces dames qui, comme Colette le fit, perles au bout des pieds dansant sur la grève, ouvrent nos horizons.62

Les Ecoravettes servent de guides (non de servantes, ni de porteuses) au passage du marais d’Op. Les passes changent avec la saison et jamais les hommes n’ont été aussi bons qu’elles à retrouver les îles et les terre-pleins de ces chemins changeants. Elles posent de-ci de-là leurs petits pieds avec sensibilité et interrogation, comme des oreilles prolongées, et puis on passe.

* La femme-enfant:

Et toujours, toujours, cette dualité qui se donne à lire.

L’enfant/l’enfance, en filigrane, toujours présente dans les textes de la femme, et carrément magnifiée, encadrée, dans celui de L’Enfant et les sortilèges où dialoguent le mot et la musique.63

Tout alors est en place pour que se tissent des liens nouveaux entre l’enfance et la musique réhabilitées: une pédagogie, un répertoire… où l’enfant accède par des voies appropriées à la nature du phénomène musical, la valide et la représente.

La notion de scriptoralité qui n’est pas passée inaperçue à la féminine oreille de Madame Freyermuth en sa quête au cœur des textes d’élèves, prend ici tout son sens, toute sa portée artistique.

Avec le duo Colette-Ravel, l’enchantement se redécouvre, celui qui, depuis des siècles est la marque du conte, du merveilleux, du paradis d’enfance.

Un paradis qui exorcise l’enfer, celui des règles et des interdits, apanages de l’adulte, marque de son apparent pouvoir sur cette terre qu’il a quittée, qui l’a quittée (?). 64

Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce qu’un personnage comme l’ « Arithmétique », surgisse sur scène: les archaïques angoisses scolaires, les « rêves arithmétiques enfantins »65 dont parle Colette dans un passage de La Vagabonde, les voici évoqués et conjurés par le costume grotesque qu’ une didascalie décrit complaisamment, les rigueurs minutieuses de la numération promues à l’état d’emblèmes inoffensifs, les « problèmes » réduits à l’état dérisoire de « bribes » incohérentes. (… ) On perçoit ici comment le langage tend à se dépasser et à se compléter de bruits et de sonorités diverses, que marquent les didascalies de Colette ( « en sourdine », « cri aigu », « bas », libellule « grésillante », arbre « gémissant »(… )) effet magique (… ) où s’écartent les parois de la maison, où s’envole le plafond, où le spectateur, comme l’Enfant, se trouve tout à coup dans un jardin « éclairé par la lune et la lueur rose du couchant ».

Si Jacques Dupont évoque bien, en ces dernières lignes, l’effet scénique de l’envolée des décors, on ressent tout aussi parfaitement son intimité, son indissociable lien avec l’effet produit par les mots de Colette.

Mais, sont-ce des mots, au sens autorisé, grammaticalement légalisé, et aussi au sens banal du terme?

Chevauchant (im)pertinemment les frontières des registres de langues, ouvrant avec plaisir celles de l’hexagone, la joaillière fait nos délices d’un opéra à quatre sous, tant il est évident que les chiffres et autres problèmes des adultes n’entrent pas dans les considérations de cet enfant, pas plus qu’ils ne préoccupent notre faiseuse de sortilèges!

Ce faisant elle en connaît la réalité et sa plume, d’un coup de vent magique, balaie l’arithmétique et les corrections linguistiques !

Celle qui entend avec acuité ce qui se joue ( avec toutes les virtualités de mise en scène du texte) derrière le rideau des mots, celle-là sait aussi capter la leçon des sons et nous fait bel et bien pénétrer en ce jardin onirique du pays d’Eden, lieu/temps prélapsaire, où l’enfant, Hugo ne l’ignore pas, connaît le langage des fleurs et des bêtes, des souffles divins de la brise.

* La féline au jardin des merveilles:

C’est énoncer une évidence que d’affirmer le lien particulier entre Colette et la nature, faune et flore.

Ses Dialogues de bêtes sont sur ce point très parlants et la parution du récent ouvrage consacré à l’écrivain sur cette double thématique, flore et zoo, semble tout à la fois superflue et nécessaire tant on ne peut s’empêcher en effet de collectionner avec amusement et délices, comme on compterait les récurrences verbales de son prof. préféré, plantes et animaux du paradis terrestre de la dame de lettres.

Certes!

Mais qu’ont à nous dire ces évidences?

Et, en ce travail-ci, qu’ont-elles à révéler sur le langage d’amour?

Telle est la présente question.

Nous ne prétendons nullement, on s’en doute, nous livrer ici à une recherche exhaustive, mais simplement essayer de donner un aperçu suffisamment significatif.

En ce qui concerne la matière végétale, j’ai choisi de limiter mon illustration à ce seul arbre: l’osier fleuri, qui, entre les doigts de la romancière raconte des symboles allant naturellement rejoindre cette matière souple que j’avais choisie pour notre cage d’analyse. Cette souplesse, qu’évoque ici Colette, nous parle encore d’écriture, de calligraphie, de mimétisme possible entre les signes que sont nos lettres et les trésors de la nature.

On aura plaisir en page ci-contre à retrouver la prose fine et amicale de notre écrivain 66 que Régine Detambel reconnaît

capable de tresser un alphabet d’une seule branche d’osier fleuri » ainsi que le commente joliment Régine Detambel. L’osier fleuri, plante souple aux rameaux flexibles, a les mêmes propriétés plastiques que la calligraphie. La main peut le courber en alphabet, le manier et le remainier, le tordre pour le plier à ses fins. En 1909, Colette écrit à Robert de Montesquiou:  » C’est dommage que vous n’ayez pas le temps de venir jusqu’ici. Il me faudra donc attendre l’an prochain, quand j’aurai peut-être fini un nouveau petit livre fait de pièces et de morceaux, alors je pourrai lire encore une petite lettre de vous, une lettre dessinée de votre belle écriture qui a une grâce végétale. Connaissez-vous une jolie plante qu’on appelle chez nous l’osier fleuri? Elle ressemble à votre écriture. » si certains écrivains, artisans de la phrase, se disent ébénistes ou menuisiers, travaillant l’écrit comme le bois, Colette tenait plutôt du vannier, capable de tresser un alphabet d’une seule branche d’osier fleuri.

Enchaînons maintenant au gré des volutes et vrilles de la vigne en redécouvrant les charmes de l’écriture de la Dame en ces mots tout empreints de plaisir animal:67

(…) j’ai frissonné, toute moite, tout ivre d’un plaisir sans nom parmi les hommes, le plaisir ingénu des bêtes heureuses dans le printemps…

De ces plaisirs « sans nom parmi les hommes », Colette va faire nos délices de lecture.

La musique se fera complice de ce dire-là, traduction des chants sauvages via les merveilles et les frayeurs de l’enfance.

Alors naît ce fameux conte musical où se multiplient les apparitions sautillantes de petits animaux qui participent à l’action. C’est d’abord l’enfant qui se joue, joue avec, se moque d’eux, puis ce sont eux qui viennent participer à la comédie, ou au drame, l’entourer de leur chants et cris, paroles et plaintes. Découvrons en page en page suivante des extraits de La Ronde deschauves-souris68 et de La Danse des rainettes69 qui permettent d’admirer l’art de Colette la dramaturge, tout en y observant une forme d’illustration de notre sujet de réflexion.

En effet, si avec Colette, la parole est tout naturellement donnée à la gent animale, elle est doublée d’un langage phonétique/onomatopique (les « tsk », « tsk » d’une chauve-souris bouleversée de colère) en même temps que, tout en mimant du plus près le langage véritable des animaux, elle le traduit. Scriptoralité poétique parfaite de ce jargon qui devient sémantiquement pertinent.

Ainsi le cri d’une rainette se mue, sans respect du détachement des paradigmes ni de leur orthographie, en un syntagme tout à fait compréhensible:  » Kekekekecekça? « .

Si l’ amusement onirique qui consiste à mettre en scène un petit bestiaire participe bien d’une intention de création féerique liée au contexte du conte musical, il est tout aussi certain que la présence de ces petites bêtes pas sottes, douées de parole, de pensée et d’action au cœur de l’action, révèle une connaissance et un amour tout particulier de Colette pour le monde animal et pour ce monde et ce territoire qui est leur de façon originelle: la nature

Celle que l’homme n’a pas encore domestiquée, ou du moins celle qu’il a épargnée, voire amoureusement cultivée.

En ces terres-là, en ces espaces sauvages où le silence des hommes se fait, afin que redevienne audible le chant du vent, de la mer, des mouettes et des goélands -on se souviendra ici des pages du Blé en herbe70 qui ont ravi notre âme adolescente-, en ces lieux qu’offre si bien la femme de plume, règne celui-qui, par son regard et surtout sa nature double, à la fois sensuelle et sauvage, ressemble de manière étrange à notre écrivain: le chat!

Ce chat « qui a le privilège du chant naturel que fait naître l’amour » 71, double fascinant de notre féline lettrée, c’est lui qui, tel le mystérieux guide d’Alice au pays des Merveilles, nous conduit à pa(tte)s de velours vers les pages suivantes.

5-Des espèces : lorsque faune et flore ont un mot à nous dire

Commençons par eux, elles, ces bêtes dont nous retrouvons trace au fil d’un sentier de sioux!

Paroles indiennes, ainsi s’intitule le joli recueil poétique où se découvrent les mots suivants: 72

Au début des temps il n’y avait pas de différence entre les hommes et les animaux. (… ) Tout le monde parlait* la même langue. En ce temps-là, les mots étaient magie et l’esprit possédait des pouvoirs mystérieux. Un mot prononcé au hasard pouvait avoir d’étranges conséquences. Il devenait brusquement vivant et les désirs se réalisaient. Il suffisait de les exprimer. On ne peut donner d’explication. C’était comme ça.

Certes, me dira-t-on, cette citation évoque le langage animal mais son aura est totalement imaginaire, ses sources littéraires inconnues et son genre légendairement reconnaissable, lui, de par son art totalement fabulateur (du songe au mensonge, tel est le triste sort que la société fit au verbe fabulare!).De plus, ou parallèlement, elle inscrit le langage animal en un temps de préhistoire et en un domaine de magie pure.

En fait, c’est justement à ce titre qu’elle m’a paru intéressante!

Justement parce qu’elle évoque un monde, une époque qui ont bel et bien préexisté, et sans aucun doute avec cette similitude entre le langage animal et le langage humain.

Et parce que ce faisant, évoquant cela, elle rêve et imagine une symbiose, un langage parfait car universel.

Il n’y existe nulle barrière de bien ou mal dit mais simplement le dit, le crié, le chuchoté, l’ exprimé, le roucoulé, le miaulé, le VRAI, chacun selon sa tessiture, ses cordes et ses moyens de nature.

Cela étant, les notions de bien et de mal, débarrassées de tout aspect artificiellement codé, social, moral, religieux, en un mot, culturel, ces notions retrouvent, avec leurs origines, leur essentialité: souffrance, plaisir. Ou encore douleur/ bonheur. Manque/ plénitude.

C’est cet état de fait qu’a joliment exploité notre romancier moderne, Jean-Marie La Clavetine, dans son livre Demain la veille.

Il y raconte en effet la confrontation tout à fait étonnante d’un couple (amoureux) de notre époque avec le vieux sage d’une tribu de l’ère dite préhistorique, Noah.

Très épris lui-même de sa femme et extraordinairement intelligent, Noah pense tout haut, grâce à cet autre interprète qu’est le narrateur-écrivain. Noah sait capter les messages de sa dame: « (…) fin linguiste et amoureux plein d’intuition Noah traduit le « braiement » de son épouse.  » 73

Depuis ces temps immémoriaux, l’homme s’est distingué de l’animal, précisément par cette aptitude à créer/fabriquer un langage dit de communication. A faire du son un outil plus ou moins transcrivable visuellement, avec toutes les règles/distorsions que l’on sait et possédant en principe-un système référentiel commun!

Alors, babel inversée nous offre une étonnante structure pyramidale qui fait se rejoindre non seulement toutes les langues, mais tous les langages.

Il ne s’agit pas de voir là une sorte d ‘infâme magma indifférencié sans aucun particularisme, mais bien au contraire de découvrir EN la pluralité des langues humaines, des voix, des tessitures et des accents dont les « lalangue » est porteuse -avec ses musicalités, cadences, rythmes, que sais-je encore- exactement comme se perçoivent de façon on ne peut plus distincte et naturelle les cris des animaux (qui ne sont pas que des cris, mais aussi des appels, des aveux, des plaintes, des chants, des expressions de toutes sortes et des messages sans aucun doute), découvrir ou retrouver EN cette diversité, ô combien belle, reflet même du kaléidoscope de la vie que j’évoquais antérieurement, une universelle (capacité de) compréhension dont la nature à l’origine nous a tous dotés.

C’est là que le langage d’amour, ce langage qui court le plus de risque en matière d’ambiguïté et de pièges, c’est là qu’il peut justement capter et émettre ce qui est l’essence même du message humain le plus beau!

L’humaniste, en sa quête, ne voudra rien d’autre que construire, que dire encore et encore, un mieux aimer sur cette terre, Rien que ça! : 74

On dirait que le vent largue des mots

qui rebondissent sur les collines

avant de s’accrocher aux arbres

ce sont des mots secrets

que les oiseaux émerveillés

répètent à l’oreille de ceux qui ont la clé

pour déchiffrer les mystères

du langage amoureux.

Nous retrouvons ainsi notre indienne piste!

Donnons ici parole à l’arbre, évoqué depuis le début de ce travail d’une manière comparative.

Cette fois c’est directement qu’il a quelque chose à nous dire. 75

SAVIEZ-VOUS QUE LES ARBRES PARLENT?

Ils le font, cependant. Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L’ennui, c’est que les Blancs n’écoutent pas. Ils n’ont jamais appris à écouter les Indiens, aussi je doute qu’ils écoutent les autres voix de la nature.

Pourtant, les arbres m’ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit.

Qui écoute parler les arbres, qui prend ce temps, qui ne rougit pas de cette folie (folie: notion à revoir d’urgence me semble-t-il) si ce n’est, aux côtés de l’indien, l’enfant en ses jeux merveilleux, l’enfant d’Hugo qui capte le message de la nature et de Dieu, l’amoureux et le poète leur complice, leur messager et traducteur.

La trilogie annoncée au début de ce procès se retrouve et l’étranger universel, celui qui est à l’écoute de la musique des mots, qui joue à deviner le sens dans les ronds de fumée lexicaux, c’est l’Indien!

Alors, en cette thèse sur les délices du langage amoureux, par-dessus les barrières de la règle, de la faute, suivons sa poétique piste.

Queneau, plume en étendard, nous montre le chemin : 76

Indiens de la grande plaine

C’est vous qui enseignerez

Votre écriture arborigène

Et nous arrivons en pays de merveilles!

Là l’animal et la plante vivent en harmonie et en un amoureux langage* qui dépasse de loin nos pauvres mots. Il m’est cependant agréable d’entendre, hasard de notre langue, le son de ces, deux verbes qui à eux seuls racontent le prodige de l’amour et de la vie!

Ils s’aiment. Ils sèment.

Pas étonnant de trouver ce titre « L’inséminateur » en tête d’un chapitre de la Petite fabrique delittérature où je puise cette citation de Claude Simon:77:

L’un après l’autre, les mots (… ) déploient leurs gerbes dans toutes les directions.

Les auteurs de l’ouvrage notent en effet que les mots cheminent en nous, à la manière dont, selon Freud, voyagent les rêves. Que de ces passages souterrains plus ou moins conscients, ils peuvent se et nous révéler à nous mêmes, mais aussi aux autres, et les révéler à nous.

La fameuse création de mots par composition devient parfois un jeu qui, permettant des associations spontanées, fait découvrir des notions qui donnent à réfléchir. 78

C’est ce qu’on appelle parfois l’étymologie populaire, ou étymologie croisée: une « femme de lettres » devient une femme-facteur. « *

Il semblerait bien que le poète ait saisi la sève de la langue, sa nature très proche de celle de la nature, et la capacité qu’ a le mot à s’envoler tel un pollen, à éclore et venir, telle une plante grimpante, s’enlacer aux autres.

Cette image illustre me semble-t-il toute la recherche de l’écrivain dans le langage de l’amour.

Le lecteur qui s’attache à la littérature est amusé de constater que dans lierre il y a lire et relire.

Et c’est le plaisir du texte toujours renouvelé qui s’avoue ici!

Comme l’enfant n’est jamais très loin des pistes de sioux et des chemins buissonniers, il me revient en mémoire ce très joli mot entendu et retenu par Marc-Mathieu Münch qui nous fait ainsi partager son ravissement: 79

(..) pour moi, le premier prix revient à un Anonyme, jeune élève d’une autre classe de sixième. Il pousse énergiquement la porte de la bibliothèque de son collège et Madame, donne-moi un livre qui que quand on est dans l’histoire, on peut plus en sortir! «  A-t-on jamais plus magnifiquement défini le phénomène littéraire?

Revenons à notre jardin d’amour qui que quand on fait des digressions fleurit toujours!

Me reprochera-t-on ici de ne pas proposer un florilège d’extraits où l’amour se dit avec des fleurs? C’est que cela ferait l’objet d’une (enième sur le marché!) publication, tant foisonne ce type de livrets. Nous avons laissé le stendhalien héros en offrir un aperçu à Clélia et au lecteur avec son parterre de fleurs « diposées dans un ordre qui leur donnait un langage » 80 et ce qui nous importe ici est moins la collection de ces innombrables bouquets, parmi lesquels figurent en bonne place les cattleyas très parlants du code amoureux établi entre Odette et Swann sous la plume de Proust 81*, voire le recensement non moins gigantesque des topographies galantes et romantiques où jardins, parcs et forêts de toutes sortent s’avèrent bien lieux privilégiés des amoureux, que de tenter de saisir ce qui rapproche le discours amoureux du langage de la nature. .afin d’essayer d’être celle/celui qui

« Plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes. » 82

Guidés par l’indien qui nous a enseigné grâce à Queneau « son écriture arborigène » 83 et aiguillés par le très sérieux dictionnaire étymologique 84 qui nous précise que si Amourette signifie simplement Amour au XII° siècle, c’est aussi le nom donné à une plante médicinale aux pouvoirs bienfaisants et au goût légèrement amer, invités depuis longtemps par Colette à la sensuelle contemplation des fruits de la terre, pénétrons plus avant en ce lieu végétal magique:

« Parler d’amour c’est parler d’elle

C’est toute la musique et ce sont les jardins interdits.  » 85

Interdits?

Et si, par la voix de l’enfant mu par le seul désir de bonheur, par celle du poète, de l’étranger candide, de l’amoureux, de la femme aussi et de l’homme qui la chante, si nous OSIONS affirmer que l’interdit est invention humaine qu’aucun Dieu sérieux (j’ai dit « qu’aucun », on pourra entendre « coquin »! ) n’aurait su imaginer, et que le jardin d’Eden, loin d’être une u(/a) topie, est là à chaque instant, sous nos pas, sous nos yeux, dans la vie ET dans ces livres qui sont un peu « la maison du verbe » ainsi définie: 86

(…)  » maison du Verbe », vers le Verbe qui me fonde, et que je me laisse saisir par Lui et respirer de Lui.

Cette langue, je la sais capable de hisser l’âme jusqu’à sa plus fine pointe car elle parle dans un espace divin de mon être, celui que la Bible appelle « paradis terrestre » ou « jardin de jouissance ». Et, je ne peux plus en douter, ce jardin est à l’intérieur de moi. Je ne le regarde plus comme un lieu historiquement très ancien, mais comme un espace actuel, présent dans le très profond, le très antique de mon être, en amont de l’état d’exil qui nous est commun à tous (… )

Nous nous sommes détournés de cet espace dans le collectif du grand Adam et, dans la mesure où nous restons confondus avec celui-ci dans notre personne, nous restons aussi frappés d’amnésie, de surdité et de cet aveuglement que dénonce le prophète Jérémie.

Voici donc le verbe réconciliant l’Elle et le Lui.

C’est un verbe inouï, universel, sans barrières, ni de langue, ni de genre, ni d’âge, ni d’espèce, puisqu’il est don premier.

Un verbe qui n’a pour seule exigence que ce retour à l’authenticité, à l’être d’avant les barrières, les ségrégations, les disparitions, les massacres d’indiens.

Alors, l’adjectif « défendu » cesse de se coller stupidement au nom commun « fruit » qui, du coup, en retrouve sa substance et son suc. C’est le poème, le chant ancestral et éternel, c’est: 87

L’immense jour d’avant le temps

Alors la femme et l’homme

Retrouveront la pomme,

Sans la morsure dedans.

La pomme n’a pas chu en vain; on se délecte enfin. Plaisir des mots savoureux au bout de la langue, au bord des lèvres: 88

Union. Rêve d’union totale avec l’être aimé. (… ) c’est l’union fruitive, la fruition de l’amour (ce mot est pédant? Avec son frottis initial et son ruissellement de voyelles aiguës, la jouissance dont il parle s’augmente* d’une volupté orale; le disant, je jouis de cette union dans la bouche )

Voici que le penseur se met à devenir poète à son tour, esthète, gourmet. Se met à parler amoureusement de ce dont il parle: le langage/langue* d’amour.

Voici que s’opère l’effet poésie, que le contenu et le contenant s’épousent, que le critique va même s’excuser/innocenter/justifier face aux éventuel(le)s critiques!

Le tour de magie est joué: parler d’amour, et parler du parler d’amour c’est parler en amoureux, dans un langage différent, librement, au-delà des délits, ou en les métamorphosant/osanten délices! C’est évoquer un 89

(…) langage tout à fait originel, paradisiaque, langage d’adam, langage « naturel, exempt de déformation ou d’illusion, miroir limpide de nos sens, langage sensuel (die sensualische Sprache):  » dans le langage sensuel, tous les esprits conversent entre-eux, ils n’ont besoin d’aucun autre langage, car c’est le langage de la nature.

De nature est ce langage.

De nature, comme l’amour lui-même, de façon évidente, sauvage et sine qua non!

C’est donc tout naturellement que s’impose/ s’offre la nouvelle clé: vernaculaire!

  • Adjectif, le mot qualifie la langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté (par opposition à langue véhiculaire).

  • Substantif, il désigne le nom d’une espèce animale ou végétale dans son pays d’origine.

Disons pour presque clore ce passage que le langage amoureux est doublement vernaculaire, fusion grammaticale (nom-adjectif), triplement naturel (fusion vitale des espèces: humaine-animale et végétale) et que ce sectarisme-là est le summum de l’humanisme puisqu’il dessine une communauté qui n’est rien d’autre que celle des gens qui s’aiment!

Ajoutons enfin que se propose en cette flore une poétique de la lecture qui à nouveau nous fait retrouver les richesses du mot livre lui-même car « ne faudrait-il pas reconsidérer la notion même de fragment, fondement de l’anthologie? Dire d’un livre: « je l’ai lu » est toujours impropre; mieux vaudrait dire en fait: « j’y ai lu ». Car on ne lit jamais un livre en entier: on ne fait toujours que prélever, cueillir de-ci delà tel ou tel morceau (lire, en latin legere, c’est aussi cueillir).  » 90 nous content les auteurs de la Petite fabrique de littérature en un passage intitulé « Le Bouquet ».

Anté-pénultième clé: langue d’amour comme langue sauvage.

6- Des codes reconnus:

Cette clé rappelle les dialogues inventés par Fabrice et Clélia dans l’interdit qu’est l’espace de la Chartreuse. Secrète, telle est cette langue, langue nouvelle, code très particulier (un seul émetteur, un seul récepteur) qui compose à partir des ingrédients les plus primitifs et redécouvre ainsi les racines de l’aventure du langage, la symbolique de celui des plantes et des objets, des animaux, des éléments. Nous allons la retrouver avec Jules Romain sous forme d’un principe de correspondances codées que fabriquent les scribes de l’amour. Les deux protagonistes, Hélène et Pierre, afin d’échapper aux rumeurs de la ville, se font signe, signes, sous formes de dessins dont eux seuls possèdent la légende. Ainsi, lorsqu’Hélène trace sur un mur:91

quelque chose qui ressemblait vaguement à un entrelacement de cercles

cela signifie pour l’amant et pour lui seul :

Je suis passée ici lundi. Je pensais bien à toi, et je t’ai envoyé un baiser.

Nous remarquerons cependant que si le dictionnaire n’existe qu’en deux exemplaires, , le texte lui, est parfaitement visible mais hermétique pour tout un chacun. Cette remarque n’est pas anodine: il me semble qu’elle pourrait en quelque sorte expliquer ce qui se passe parfois en littérature.

Chaque être possède en effet un petit dictionnaire qui lui est propre et qui lui permet une ou des lectures qui, au-delà de l’énoncé: (rond, courbe, ovale), se traduit en lui par des impressions dont il n’ignore pas la subjectivité, certes, mais qui cependant peuvent fort bien rejoindre celles d’un autre lecteur, voire celles, non explicites, de l’écrivain.

La différence est que cet état des choses est voulu délibérément dans le cas du code secret des amoureux, rendu possible, seulement dans le cas du livre. Le célèbre « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »92 lui texte, moi, lecteur, prend ici une autre dimension.

7- Du faux et du juste: message d’une coquille!

Dire que l’objet même de ma thèse se découvre ici en cristallisation n’est pas qu’une façon de parler: c’est en effet du secret (sécrétion) même de la langue poétique ET du sentiment amoureux qu’ il est entièrement ici question.

Bien évidemment le terme de cristallisation n’est pas sans référence à son père littéraire, le fameux auteur du « cella »!

Mais il est là aussi comme métaphore de la métaphore, je m’explique:

Si nous essayons de synthétiser, nous observons que la caractéristique du texte d’amour tel que nous l’avons observé chemin faisant joue essentiellement en tant que métaphore.

Il est métaphorique quand il donne à voir par le jeu calligraphique et toute la gamme de ses possibilités mettant en scène le signe sur le papier.

Métaphorique encore lorsque c’est de manière sonore qu’il déploie ses notes sur le clavier de l’écrivain, donnant cette fois à percevoir par l’ouïe.

Métaphorique enfin au sens classique du terme lorsqu’il travaille en créateur de passerelles.

Il agit tel un pacte et ce caractère performatif qui transforme le verbe en objet n’est rien d’autre que le don de l’écriture, autre métamorphose qui raconte comment un hypothétique talent d’écrivain doit se trouver/travailler/maîtriser/oublier afin que se produise le don qu’est pour tout lecteur le livre, le recueil de textes amoureux.

Emboîtement-gigogne de cette idée. Le langage amoureux tente cette impossible performance de tisser en le vide du silence ou en l’immensément plein de l’amour et de créer ce qui semble un paradoxe en matière de création: le rêve.

Car le domaine de l’Amour est le domaine du rêve, idéal humain, humaniste, humanitaire, posé comme un horizon qui invite et invente nos actions, ou, à l’échelle du duo, du couple, impression tangible de rêver son bonheur (réel), ou, en un « au contraire » qui cette fois. revient au même, impression qu’il n’est d’autre réalité possible en l’amour que le rêve (jamais réalisé, donc toujours latent, préservé, présent).

Ce que le poète (dé)livre à chaque texte d’amour c’est ce présent-là, cette présence du rêve réalisé par l’écriture.

J’irai plus loin en cette poétique:

Le texte d’amour tisse des liens invisibles entre des lecteurs isolés et qui peut-être ne se rencontreront jamais. Il est lieu de rencontre de ces êtres-là.

Et puis, revenons à sa nature fortement métaphorique, n’est-ce pas elle qui permet la magie de réception du don?

Sans privilégier cette fois un auteur particulier comme nous le fîmes pour Stendhal puis pour Colette, je voudrais ici laisser l’art métaphorique émaner de ces extraits textuels très divers qui, successivement, nous parleront de métaphore bien sûr, mais aussi d’enfance, de langues étrangères, d’écriture littéraire et… d’amour.

Le processus du procès (verbal) continue bien de se dérouler et les accusés, devenus désormais avocats, se passeront allègrement de l’hermétisme du code judiciaire:

Que l’enfant soit le premier à capter la force performative de l’expression métaphorique ne nous étonne guère. 93

– Vous verrez de quel bois je me chauffe! Le directeur est tout rouge. (… )  » de quel bois je me chauffe »… Il faudra que je note cette expression. Je vois des bûches de toutes sortes, des âtres, ça crépite, mais je ne comprends pas ce que ça veut dire, c’est comme un feu. Il y a tous les rythmes à l’intérieur.

L’enfant qu’est le poète, sensible à la langue, à toutes les langues, devine dans la comparaison articulée par « comme », comparaison qu’est toute métaphore de façon implicite, des possibilités de rêveries ludiques:94

Come, dit l’Anglais à l’Anglais, et l’Anglais vient.

Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville descend du train sa valise à la main.

Come, dit l’autre*, et il mange.

Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau*, le ciel en orange*, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine. *

Mais si l’Anglais dit as, c’est à son tour de voir changer le monde changer de forme à sa convenance. *

Et, plus attaché au langage de l’amour, Blondel commente, à l’éclairage de Proust:95

(…) ce n’est pas un hasard si l’amour se donne à voir dans la littérature romanesque (… ) et dans la poésie. La langue poétique et la langue populaire ont ceci de commun qu’elles privilégient la métaphore (… ) Aimer c’est associer des images multiples à une personne (condensation), un amoureux l’est toujours d’une étoile (métaphore). L’amour consiste à « mettre des possibilités de souffrance et de joie » dans un être parce qu’ « il nous semble appartenir à un autre univers, il s’entoure de poésie, il fait de notre vie comme une étendue mouvante où il sera plus ou moins rapproché de nous.  » ( Proust, Du côté de chez Swann)

Quant à celui qui a chanté Les yeux d’Elsa, il sait que la figure de style ne se recherche pas mais s’impose lorsqu’ apparaît la figure de l’aimée:96

Ainsi je peux dire sans image: la bouche d’une idée, ses lèvres, je les vois. C’est cette apparence douce que je surveille, tandis que j’écris, en proie à l’idée de baiser.

(… )

Je comprends par tout moi-même qu’il y a cette femme dans chaque idée qu’en vain je cerne

(… )

Et le silence est un manteau qui se dénoue.

(… )

Tout l’air de l’idée frissonne au moindre vent.

Alain Bosquet, lui, résume: 97

D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait l’image

Tandis que Stuart Merill conclure:98

Et nous saurons enfin le nom de notre amour

Le mot secret qui fait s’ouvrir toutes les portes!

COQUILLAGE: ESPECE DE COQUILLE!

Au seuil de cette région poétique où les sables d’Amérique du Sud ont rejoint les grains de sable du Cancre de Prévert, où la Seine a perdu sa majuscule, venant se mêler à toutes les eaux de la planète en l’ océan nommé Poésie, j’aimerais un instant que nous nous arrêtions. Littoral onirique, lieu du régal des enfants: la cueillette des coquillages, merveilleux bijoux de la plage et de l’été! Pourquoi?

Parce qu’en cette quête tout à l’écoute des tendres secrets du mot poétique, le coquillage, si proche de la coquille qui désigne l’erreur, si proche de la perle qu’il contient parfois, le coquillage semble bien être LA métaphore du texte poétique et amoureux, et cela à plus d’un titre:

D’abord, il est, entre faune et éléments (nacre), la maison quittée du crustacé marin, premier des habitants de cette terre (mer) en une ère où il se différenciait à peine de la flore. Il parle de lieu originel, de naissance, de nid. On dit aussi qu’il est la loge du FRUIT (de mer) et Colette, elle, le dit fleur: 99

( …) ouvre la fenêtre et la porte, et courons vers la fin dorée de ce jour gris, car je veux cueillir sur la grève les fleurs de ton pays apportées par la vague – fleurs impérissables effeuillées en pétales de nacre rose, ô coquillages…

Echoué, offert sur le rivage, il devient pour nous objet de joyeuse pêche et de belles collections. D’écrin qu’il était, il se fait bijou, réalisant la fusion des contraires, contenu/contenant, avec le travail du temps et l’émerveillement de la (re)découverte de l’enfant autant que de l’artiste, cet esthète, ce rêveur: 100

 » C’est merveilleux de forme, d’architecture, de toucher…  » Thomas Boog a fait du coquillage sa raison d’être et le matériau de ses créations, dont la réputation trouve écho dans le monde entier. (… ) »Dans l’histoire de l’humanité, le coquillage c’est le premier bijou, la première monnaie, la première assiette… (… ) C’est très tactile, c’est parfait de forme, de nuances. La nacre, ça a quelque chose de parfait. C’est la nature… « 

A l’enfant, à l’artiste, à l’être en vacances, en écoute de beauté, en désir de découverte, depuis toujours le coquillage conte en secret les merveilles de son matriciel élément d’origine: collez votre oreille tout tendrement contre son ouverture et vous entendrez la mer! Le plus drôle c’est qu’il lui arrive souvent de ressembler à une oreille, autant qu’à une bouche! Très étonnant portable que celui-là. Le poète ne l’ignore pas: 101

Les oreilles d’Amaranthe

Oreilles, la nature en coquillant qui fire

Vos petits ronds voutés de long et de travers,

Fait en nous un dédale, où bien souvent je perds

Le langage amoureux que pour vous je soupire

La bouche d’Amaranthe

Beau corail soupirant, ce pourpre qui me flatte

Allaite d’espérance et d’amour mes esprits:

Belle et petite bouche où s’enfante un souris,

Qui semond à baiser votre vive écarlate.

Le dédale où se perd le poète, mots d’amour en l’oreille, lèvres du baiser, est aussi le labyrinthe qui désigne organiquement notre oreille interne. La poétique/problématique du labyrinthe évoque d’ailleurs d’autres lieux liés à notre thème, celui bien sûr de la quête/conquête, celui de l’errance et du trésor, celui des lieux sacrés du centre du dédale, réservés aux chants et aux danses, aux rêves, pensée sans mot mais non sans son: 102

Penchée sur toi, je retiens contre mon sein une dentelle flottante qui pourrait t’effleurer, et je respire bas. Mais n’entends-tu pas bourdonner ma pensée irritée, qui échoue contre la coque sourde de tes oreilles, au bord de tes narines et de ta bouche insensible?

Coquillage concrétisant la dialectique du fermé et de l’ouvert, de l’ouïe, de la réception, ou au contraire du malentendu et de la déception.

Coquillage dessinant aussi la beauté des corps, et en particulier celle du sexe féminin qu’il représente en des blasons d’une veine érotique sensible déjà dans les textes de Marbeuf et perceptible en le chant de l’amoureux Verlaine: 103

LES COQUILLAGES

Chaque coquillage incrusté

Dans la grotte où nous nous aimâmes

A sa particularité.

L’un a la pourpre de nos âmes

Dérobée au sang de nos coeurs

Quand je brûle et que tu t’enflammes;

Cet autre affecte tes langueurs

Et tes pâleurs alors que, lasse,

Tu m’en veux de mes yeux moqueurs,

Celui-ci contrefait la grâce

de ton oreille, et celui-là

Ta nuque rose, courte et grasse,

Mais un, entre autres, me troubla

Le coquillage mériterait à lui seul de faire l’objet d’une recherche passionnante.

Dans cette chose échouée, le poète se love à son tour, l’enfant écoute, l’humain devient crustacé: 104

Choses qui s’échouent

Je vis dedans(… )

Je m’enroule dedans

Je vis dedans, un temps.(… )

Alors maintenant je me promène

Avec des bruits d’eau dans les oreilles(… )

Le bruit des vagues sur un lac.

Je marche vers elles.

Bruits du passé en un lieu-temps de coquillage réimprimés, c’est Proust encore et toujours, c’est la fameuse petite madeleine en forme de coquillage, enfermant le craquant secret d’une biscotte!

C’est vraiment l’ histoire des délices enfantins dans toute leur diversité: du lobe de l’oreille au bout des doigts et même… jusqu’au bout de la langue!

Connaissez-vous le secret des Roudoudous? Oui? Non?

Eh bien il s’agit d’une exquise friandise qui, jadis, était vendue trois francs six sous dans toutes les épiceries et autres petits bazars à merveilles ou que l’on aimait à préparer soi-même avec du sucre qu’on laisse fondre puis dorer puis roussir (« roux, doux, doux! » ) et que l’on verse délicatement au creux d’un coquillage (une praire de préférence) afin qu’il s’y cristallise, durcisse et refroidisse lentement avant délectable et lente dégustation.

Un amour de bonbon!

Cette friandise a inspiré notre linguiste, sans aucun doute gourmande elle aussi.

La métaphore de la fabrication du bonbon va, sous son experte plume, illustrer un morceau de choix de notre grammaire: l’ambiguïté des personnes référentielles!

Ecoutons plutôt Mélusine et cet autre secret des Roudoudous: 105

Si, par exemple, je prends plusieurs morceaux de sucre, et je les fais chauffer avec un peu d’eau. Les morceaux vont fondre, ils vont prendre une belle couleur blonde, puis dorée, et enfin, lorsqu’ils auront acquis une douce couleur ambrée, j’aurai du caramel (… ). Si l’on parle de référents évolutifs, la question que je me pose est de savoir à partir de quel moment je ne pourrai plus dire ils ( les morceaux de sucre) mais il ( le caramel), parce que les morceaux de sucre auront passé par une série d’états différents. On aura d’ailleurs remarqué que j’ai employé le clitique pluriel alors que le sucre était déjà devenu une espèce de caramel.

Oui Madame, on aura remarqué décidément bien des points confluents vers une poétique du langage en cette thèse d’une très sérieuse mais ni stricte ni triste grammairienne!

Ce que Sylvie-Anne nous propose ici n’est rien moins que la recette, l’équation, la synthèse de la poétique amoureuse, de la problématique du héros et de l’écrivain stendhaliens:

Les problèmes de l’être en états amoureux.

Etats bien incernables: à quel moment le « je » et le « tu », le « tu » et le « vous » (en français), le « lui » et l’ « elle » deviennent-ils « nous » ou encore « ça », ou « on », singulier pronom de l’indéfini qui nous parle encore de pluralité?

Telle est la question que ne se posent nullement les faiseurs et faiseuses de Roudoudous qui, entourés qu’ils sont d’enfants aussi gourmands qu’impatients, se contentent de déposer le liquide brûlant et le laissent durcir de lui-même entre l’air libre et la nacre ronde!

De l’amour à l’état solide, dont la linguiste parle d’ailleurs en termes tendrement choisis, subtilement, sensuellement, esthétiquement, amoureusement: « un peu, belle, dorée, douce… », c’est bien ainsi que s’opère la cristallisation.

Le temps est venu, en matière de coquillage, de laisser place à cette étonnante coquille de Dame Colette. Retrouvons donc son jardin des merveilles, celui de l’enfance!

Nous allons y découvrir avec bonheur qu’un presbytère n’est pas ce qu’on croyait et qu’il suffit de faire le mur, de se hisser au-delà des barricades des grands, pour rêver un peu au cœur d’un mot, d’un objet, d’un complice élu!

Voici donc, en page ci-contre, le fameux extrait 106 de La Maison de Claudine que, dans les toutes premières pages de ce mémoire nous avions pris pour référence en parallèle avec l’objet de la thèse scientifique de Théodore Monod, cette immense recherche née de la découverte d’une coquille d’escargot.

Notre dernière clé, qui permet maintenant l’ouverture du sens total, se nommera donc la sensuelle.

On y lira tout à la fois l’ouverture poétique et métaphorique, l’écriture et l’entente esthétique, la perception de l’image érotique.

Alors s’ouvre le portail qui mène au terme de ce cheminement et donnera, nous le souhaitons, vers d’autres espaces de recherches.

CONCLUSION

Clore et permettre d’éclore, tel est bien le double rôle d’une conclusion que nous allons d’abord envisager comme synthèse des étapes de notre analyse, puis comme point de départ possible vers d’autres horizons de recherche.

Enfin un éloge de l’amoureuse faute viendra coudre les derniers points à l’ourlet de ce travail.

  1. SYNTHESE:

  1. Rappel de l’hypothèse initiale:

Mettre deux « l » à cela, lorsque cela est amour, est coquille très signifiante.

1- Un signe qui ne trompe pas: c’est l’erreur inconsciente surgissant du profond de l’être amoureux, la signature de l’émoi, la marque même de l’amour. Sa traduction graphique ou scriptorale ( bégaiement de la langue), sa griffe, son label.

2- Un signe qui rapproche l’adulte, écrivain, expert de la langue, de l’enfant et de l’étranger et qui les distingue/distancie du correct

3- Cette marque distinctive qui est d’emblée (spontanéité de l’erreur) un sceau d’authenticité (maladresse) en ce qui concerne le thème (sentiment, expression de ce sentiment) de l’amour va devenir peu à peu sous la plume du poète une marque de distinction souvent nommée style et que j’appelle délits-délices car c’est bien se qui se joue et noue dans le texte d’amour: un travail, une alchimie qui capture la faute pour mieux la réinventer, la rendre belle, pertinente, ironique, amusante, intriguante, sublime. Adresse suprême. Poésie à l’état pur, ce que suggérait déjà Platon en son Banquet où « Diotime esquisse un parallèle entre la poésie et l’amour » 107 ainsi que nous le rappelle Martine Broda dans son essai consacré à L’Amour du nom, conception réaffirmée en ces termes par Roberto Juarroz, en page de garde du même ouvrage:108

La poésie sera toujours proche de l’amour. C’est un thème illimité et qui renaît à jamais, comme s’il était inaugural.

4- C’est alors que le lecteur s’aperçoit que l’incorrection est lieu même de l’amour, cet enfant de Bohême, tout comme elle est le terrain privilégié de l’enfant et la belle présence audible (remarquable ne serait-ce que par l’accent, par exemple) de l’étranger en la découverte d’une nouvelle langue.

5- C’est aussi alors que le chercheur comprend, pressent au moins, que ce terrain-là est l’espace idéal de la création littéraire, la seule et grande « affaire » de la littérature 109* en même temps que de la connaissance/perception émerveillée de l’autre. C’est le symbole même de LA recherche, et en matière d’humanisme et de langage, la quête essentielle, ainsi que nous le rappelle ce romancier, auteur d’une Offrande sauvage, où nous découvrîmes le dialogue monosyllabique des personnagesamoureux. Cette fois, c’est le narrateur-écrivain qui avoue: 110

Il me faudrait (…) une langue qui n’a pas été inventée, celle qui a toujours manqué à l’amour alors même qu’il nous la faisait espérer. Une langue pour le vertige, le délice, la suffocation et les larmes, qui garderait dans ses conjugaisons de temps perdus l’odeur des ardoises mouillées, proche de celle des cheveux ouverts sur les draps, le bruissement de la neige quand elle tombe, difficile à distinguer du dégrafement* d’une robe, la splendeur des coupoles dans les brouillards comme une buée sur des seins…

  1. Rappel des points d’aboutissement:

Les délits-délices du dit d’amour se caractérisent et s’opèrent par survol, envolée, saut et franchissement des frontières et des barrières que (pro/im)pose le code de la langue,

Ce que le lapsus ou l’oubli inconscient a révélé, la force du sentiment d’une part, le dérèglement de la langue d’autre part, va accéder au stade du conscient et du recherché, apprécié par le créateur lui-même. Puis par son lecteur.

Pour dire la vérité du sentiment, il ira à la recherche du mot juste, exprimant ses zésitations, s’approchant de l’idée par touches impressionnistes ou inventant le mot qui n’existait pas encore.

Pour « donner un sens à tout cela » il travaillera avec et malgré le sens ordonné par la syntaxe .

Pour démontrer la difficulté de faire entrer le langage du cœur et du corps dans la cage linguistique, tout en faisant sentir que l’amour est aussi cette autre prison qui soit enferme, soit protège les amants, il construira pour eux une métaphore de la problématique , une autre cage aux fins barreaux pareille à celle de la cellule de Fabrice. Il donnera alors à ses héros le talent et l’imagination que confère l’amour et ils se feront à leur tour poètes, créateurs d’alphabet et d’écritures symboliques, de codes secrets.

De cette « l » en plus à « cela », le poète survole l’espace linguistique. Ce qui semblait un défaut, une carence est devenu moteur d’une dynamique littérale et littéraire.

Exprimer ce qui n’est pas du domaine du raisonnement avec un outil raisonné et raisonnablement agencé par l’esprit humain devient le défi de l’écrivain. Sa pertinente impertinence.

Le texte devient alors distinguable par son caractère tout à la fois original (il se passe quelque chose dans l’écriture) et porteur d’originel (ce qui se passe nous fait redécouvrir la langue et son histoire).

L’amour, notre fil et thème conducteur, est bien de nature à ouvrir coeurs et esprits vers une alliance (sentimentale, conjugale, oui) et aussi) vers un humanisme cosmopolite et vers le constat éclairé d’une adéquation parlante entre le parler d’amour et le parler amoureusement. témoignant du fait qu’ il y a symbiose parfaite entre le thème inspirateur, l’énonciateur et le mot lui-même.

Cette équivalence nouvelle pour l’esprit occidental nous rapproche des langues de l’ Orient. Avec Marc-Mathieu Münch nous découvrons en effet que 111

La grammaire chinoise avec sa polyvalence est, elle aussi, favorable à la vie artificielle. Un même mot pouvant être nom, verbe ou adjectif, la phrase chinoise manque de précision grammaticale et logique mais elle appelle fortement l’interprétation du lecteur et suscite, par son flou même, une force poétique merveilleuse.

Le texte devient objet d’amour, réunissant aussi la notion de Plaisir du texte chère à Roland Barthes et au lecteur bien entendu, car, notre thèse arrive bien ici à sa boucle ou plutôt à la pointe de la spiralique logique: L’amour engendre l’amour: 112

(…) et je puis tomber amoureux d’une phrase qui m’est dite: et non seulement parce qu’elle me dit quelque chose qui vient toucher mon désir, mais à cause de son tour (de son cerne) syntaxique, qui va m’habiter comme un souvenir.

Alors, on le ressent, le texte sème des grains d’amour et de délices. Il se fait complice d’un instant de plaisir et de connivence qui à son tour vient s’inscrire en la mémoire affective du lecteur-récepteur.

Alors, on le devine, le charmant Parlez-moi d’amour113 que chante Juliette Gréco, n’est plus simplement un caprice en attente de « beaux discours »114 mais une aspiration profonde vers un mieux être par la recherche d’un mieux dire, ou qui sait, simplement d’un « dire ».

A cette aspiration répond ce que l’on nomme inspiration de l’écrivain.

C’est peut-être bien toute l’histoire de la littérature: une très belle histoire de respiration d’amour!

Une gigantesque lettre si, comme le définit la Grande Encyclopédie: « La lettre est une conversation entre absents » 115. Le rêve d’ubiquité et de fusion se réalise: c’est l’amour via le mot entre un écrivain et un lecteur qui ne se rencontreront peut-être jamais.

En ce sens, l’homme et la femme de lettres rejoignent l’ouvrage de chaque être humain et le texte devient résolument performatif. Il se donne, il donne!

« La fin de la littérature (… ) un être ensemble contre le un à un, un lieu utopique de la fusion. « . 116 Cette fin est horizon éternel, but, lieu d’utopie, vrai début de l’écrit.

Lorsque l’enfant, ayant cheminé en terres sages des adultes, devient écrivain, et de surcroît amoureux, il se passe donc cette chose étonnante: une combinaison de l’art de l’enfance (due à la force de l’élan du sentiment) et de la réaction de l’adolescence (rébellion face à ce qu’il rejette d’instinct: les cages et les grilles imposées, ou l’ordre dans les deux sens du mot: commandement, rangement).

Alors l’amour invente le texte qui invente l’amour avec l’émotion des premiers temps et mots, oui, mais aussi avec une nette et volontaire démarcation de tout ce qui le détruirait, l’enfermerait, l’écraserait, le nierait.

La plume se refuse au service.

Aux rangs serrés. Le seul pays à défendre, à préserver, n’a nulle frontière géographique et le poète amoureux y vit, dangereusement parfois.

Sa seule merveilleuse, difficile issue? Devenir ce qu’il est: l’étranger! L’écriture d’amour est un exil recherché et cultivé dont ces presque quatre années de recherche se voulurent en quelque sorte non point le, mais un petit dictionnaire tout encore riche de pages vierges, à la manière des cahiers d’Amitié de notre enfance .

Depuis le bouleversement initial, big bang de l’être en tous ses états, l’écriture d’amour réalise le rêve de tout écrivain: la plume en dépaysement, en découverte, en intention, en construction, en création, en invention, en état étranger.

C’est ce que résume avec brio l’auteur de L’Amour, Eric Blondel: 117

S’il est profond, fort et vrai, l’amour invente son langage, à la mesure de sa singularité créatrice.

Le rêve de tout écrivain, disions-nous. Et bien, pour finir, voyons ici comment l’amour a fait naître une esthétique ET une éthique du texte littéraire à travers ces voies et voix de chercheurs en la matière:

La voix qui dit que l’amour est bien « terre étrangère« :

« L’être aimé apparaît comme un signe, une âme, un monde possible inconnu de nous. L’aimé implique, enveloppe, emprisonne un monde, qu’il faut déchiffrer, c’est à dire interpréter (… ) Aimer, c’est chercher à expliquer, à développer ces mondes inconnus qui restent enveloppés dans l’aimé. » 118

Celle qui explique le « DEVENIR CE QU’ON EST » car…

« Autant dire qu’un grand écrivain est toujours comme un étranger dans sa propre langue, même si c’est sa langue natale. A la limite, il prend ses forces dans une minorité muette inconnue, qui n’appartient qu’à lui (… ), il taille dans sa langue une langue étrangère et qui ne préexiste pas. Faire crier, faire bégayer, balbutier, murmurer la langue elle-même (… ) » 119

Celle qui expliquele DEVOIR de devenirce que l’on est:

« ( …) il faut être étranger dans sa propre langue( …) » 120

Celle qui en explique le désir, le besoin,l’ASPIRATION profonde:

« Je note rapidement que j’aspire de tout mon souffle respiratoire à une langue étrangère. Une langue tout autre et sans précédent, avec possibilités. » 121

Celle qui clame cette force d’ALTER-NATIVE, envers et contre tout:

« O bouches! L’homme est à la recherche d’un nouveau langage auquel le grammairien d’aucune langue n’aura rien à dire ». 122

Et cette autre qui enGLOBE le lecteur dans l’amoureuse aventure en terre étrangère:

« Les Amis du texte?

Ce sont les amoureux de la langue, les curieux du langage dans tous ses états.  » 123

Celle qui en définit les CHEFS-D’ŒUVRE:

« Les chefs-d’oeuvre de la littérature forment toujours une sorte de langue étrangère dans la langue où ils sont écrits.  » 124

Celles aussi qui laissent entendre ce qu’à travers les citations précédentes nous avons déjà perçu depuis les cris, bégaiements, balbutiements et murmures évoqués par Deleuze, jusqu’ aux bouches ouvrant l’appel d’Eluard, en passant par le souffle des aspirations d’Emile Ajar: l’ORAL primordial, le souffle, le son, l’intention de l’intonation, l’élan et la valeur de la « parole », l’entendu, tout ce que l’écriture n’a pas et que, donc, il lui faut inventer.

Cette voix qui dit que l’oral est la suprême étrangère:

« Je crois que j’ai toujours été frappé par la qualité, l’autonomie du langage parlé. (… ) c’est si vous voulez, une autre langue française.  » 125

Et cette autre enfin qui nous dit  » le rêve éveillé de cette utopie communautaire qu’est le bouche à oreille ». 126

II) Horizons:

Rêvons donc en un au-delà de thèse, en même temps qu’un au-delà du mot puisque s’ouvre le ciel littéraire. Horizon en trois perspectives:

La première est de nature érotique: langage des corps enamourés, étreintes, caresses et baisers viennent ici se poser car si  » Le message du cœur ne peut être délivré dans les mots. » 127, le langage charnel, lui est total. Il ne permet plus ni ambiguïté, ni malentendu et fait redécouvrir à l’humain le plus cultivé l’art du tact aux effets immédiatement audibles en roucoulements, ronronnements, cris et chants d’une étonnante faune en lui dissimulée depuis ce qui lui semblera être l’origine de l’humanité. On a le sentiment que ce cette primitive expression est forme suprême de la communication: 128

Elle (Madame de Larnage) interrompit brusquement ce silence en passant un bras autour de mon cou, et dans l’instant sa bouche parla trop clairement pour me laisser mon erreur. (… ) jamais mes yeux, mes sens, mon cœur et ma bouche n’ont si bien parlé.

Et voilà. Plus d’erreur possible en ce langage-là , cette Poétique des merveilleux baisers où la bouche honorée par Eluard appelant à la communication orale devient le lieu des délices et des suprêmes dialogues. 129

Si tu veux nous nous aimerons

Avec tes lèvres sans le dire

Ce « sans le dire » est ici tout empli de « possibilités » comme dirait le héros-narrateur du GrosCâlin d’Emile Ajar: sans en parler jamais, en cachette des autres, en doux secret. Et aussi sans se le dire autrement qu’en ces tendres baisers qui sont les silences signifiants de nos textes.

Brassens 130 ne l’ignore pas, lui qui, c’est vrai, « sait les mots pour nous plaire » et possède « deux dictionnaires » . Nul doute qu’il avait dû en prêter un à son gentil chasseur de papillons:

Sur sa bouche en feu qui criait « Sois sage! « 

Il posa sa bouche en guise de bâillon

Et c’fut l’plus charmant des remue-ménage

Qu’on ait vu d’mémoire de papillon!

Au pays des délices, c’est l’interdit (« sois sage! ») qui est bâillonné pour que s’exprime la tendresse « envers et contre tous » et l’un tout contre l’autre. Les amants apprennent sans lesavoir la bisémie des mots. Savourons avec eux cet extrait romanesque qui à lui seul nous offre toute la douce substance du titre, Gros Câlin: 131

-Serre-moi très fort dans tes bras, mon amour, dis-je à mademoiselle Dreyfus envers et contre tous.

Elle me serra très fort dans ses bras et me caressa dans ce silence au goutte-à-goutte qui fait si bien les choses. La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres. Son cou avait des abris et des rivages possibles. Elle était vraiment très douée pour la féminité.

D’abord silencieux, ceux qui s’aiment découvrent les racines des mots: embrasser c’est d’abord prendre entre ses bras . Ils vont capter aussi les notions grammaticales de lieu et de temps au rythme des leçons de grammaire du cœur, en ce « goutte-à-goutte » de silence et le « battement » des secondes. Lorsque les amoureux s’embrassent, que (ne) se disent-ils (pas) ! Style suprême! Que …disent-ils? Ils… distillent le temps dans sa plénitude retrouvée comme dans le JARDIN qui titre ce poème de Prévert :. 132

Des milliers et des milliers d’années

Ne sauraient suffire

Pour dire

La petite seconde d’éternité

Où tu m’as embrassé

Où je t’ai embrassée

Un matin dans la lumière de l’hiver

Au par Montsouris à Paris

A Paris

Sur la terre

La terre qui est un astre.

Et c’est bien parce qu’ils savourent-s’avouent (ça-vouent) (savent où) chaque seconde au goutte-à-goutte de leurs baisers qu’ils peuvent parler maintenant naturellement la langue des poètes balbutiante d’émoi. La maladresse que le poète avait retrouvée dans son émoi, puis cultivée en son écriture, ils la maîtrisent en experts,

de Ronsard…133

En vivant presse-moi de tes lèvres de rose

Bégaye en me baisant, à lèvres demi-closes

Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

à William Cliff: 134

et embrassant les belles lèvres soeurs

dont le dessin mince et inexorable

aurait prononcé les plus beaux vocables

pour m’attirer aux arcanes subtils

et Lucien Becker: 135

Aucun des mots ne peut s’user

que j’emploie pour nommer mon amour

et ta bouche en relève sur ma bouche une trace

qui se décalque à travers nos baisers

Alors ils réalisent à deux le miracle du texte parfait, qui jamais ne s’usera, qui toujours sera immédiatement et authentiquement perçu, calqué, par l’autre. Devenus eux-mêmes lieux, paysages à découvrir ensemble, à tâtons, en braille, ils se démarquent de toute notion de correction et d’incorrection, dialoguent sans faute en la langue des dieux et déesses d’Amour, en divine spiritualité païenne, retrouvent la beauté du langage de la peau, de la chair. Les frontières entre les niveaux de langue ne veulent absolument plus rien dire. Mieux encore, ils retrouvent la beauté des termes galvaudés communément. La pomme de Newton s’ offre toute entière à eux. Un serpent bienveillant leur sourit avec connivence, comme Alain Rey rendant ici hommage à une belle magicienne nommée « Mythologie blanche » grâce à laquelle, dit-il 136

Les mots égarés dans les pires lieux communs reprennent vie et nous tendent les joues et les fesses roses des fantasmes primitifs.

La lecture/écriture de l’autre et avec l’autre va permettre l’apparition de ce troisième genre tellement il est vrai que 137

Les mots recevoir et donner échangent leur sens, la joie est gratitude, le plaisir tendresse. Sous une forme concrète et charnelle, s’accomplit la reconnaissance réciproque du moi et de l’autre dans la conscience la plus aiguë de l’autre et du moi. Certaines femmes disent sentir en elles le sexe masculin comme une partie de leur corps; certains croient être la femme qu’ils pénètrent(… ) le fait est que l’altérité n’a plus un caractère hostile; c’est cette conscience de l’union des corps dans leur séparation (… ) qui donne à l’acte sexuel son caractère émouvant; (… ) Cette différence qui, trop souvent, les isole, devient quand ils se rejoignent la source de leur émerveillement.

Alors seulement les mots semblent avoir une fonction, un sens et une dynamique. Car si « taire se conjugue comme plaire » 138 , l’amour vrai va bien plus loin que le désir de séduire et les amoureux perçoivent alors la clé du langage des écrivains:

139

Les mots ont été créés pour qu’en fermant les yeux je puisse venir à toi sans faire un mouvement.

On le voit, l’érotisme nous a menés tout naturellement au dialogue véritable et à la valeur des mots. Alors, la lettre d’amour, ce texte singulier, ce cadeau rare qui parfois vient déchirer la grisaille de notre quotidien, retrouve sa belle place en l’amoureuse cage aux barreaux envolés!

140

Quand tu verras le facteur

Dis-lui avec quelle impatience j’attends tes lettres

Je t’envoie mille baisers mille caresses

Qui te rejoindront comme les mots rejoignent l’antenne de la télégraphie sans fil

Amoureux et poètes se sont retrouvés.

La littérature peut alors se concevoir comme une immense lettre d’amour, ayant parfois franchi des siècles d’oubli.

Cette lettre serait signée Louise Labé, la belle oubliée dont l’Histoire de la littérature française de Paul Guth porte cependant mention: 141

(…) les trois élégies et les vingt-quatre sonnets de Louise Labé reproduisent les palpitations du corps amoureux. Ils ne sont qu’attente de l’amour, jouissance de l’amour. Pour les réciter la bouche modèle la forme des baisers, le cœur s’affole.

Amoureuse et érotique, poétique et puissamment charnelle, cette lettre qui initie le lecteur à la sensualité amoureuse du texte, est bien en forme de baiser jusque-z-aux rimes embrassées de ses quatrains et dedans ce verbe égal au nom, baiser, si doux, si merveilleux, que le lecteur du vingtième siècle ne pourra plus jamais le mésentendre dans son actuelle dévalorisation pornographique.

Cette missive a traversé les siècles pour nous enchanter: 142

Baise m’encor, rebaise moi et baise;

Donne m’en un de tes plus savoureux,

Done m’en un de tes plus amoureux:

Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las, te plains-tu? Que ce mal j’apaise,

En t’en donnant dix autres doucereux.

Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,

Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise

Lors double vie à chacun en suivra.

Chacun en soi et son ami vivra.

Permets, m’Amour, penser quelque folie:

Toujours suis mal, vivant discrètement,

Et ne me puis donner contentement

Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Et si cette lettre, sept siècles plus tard, trouvait en ce mémoire, un écho?

Alors s’inventerait un nouveau Colloque sentimental:

Louise Labé, Paul Verlaine.

Au désir ardent de la Dame, le désir fou du poète qui, suivant les conseils de l’auteur du Petit Fictionnaire illustré, alterne le « tu » et le « vous », le registre familier du quotidien et celui élevé et onirique des « jours et des nuits de pensées et de rêves ». Fantôme, valet, l’amoureux qui voudrait mettre aux pieds de la belle tous les trésors du monde lui adresse simplement cette « missive » dont l’humour des trois derniers vers vient contrebalancer l’effet pathétique: 143

(… )

le jour dans mes pensées, dans mes rêves la nuit,

Et la nuit et le jour, adorable Madame!

Si bien qu’enfin, mon corps faisant place à mon âme,

je deviendrai fantôme à mon tour aussi, moi,

(… )

En attendant, je suis très chère, ton valet.

Tout se comporte-t-il là-bas comme il te plaît,

Ta perruche, ton chat, ton chien?

(… )

Or, Madame, un projet impatient me hante

de conquérir le monde et tous ses trésors pour

Mettre à vos pieds ce gage-indigne-d’un amour

Egal à toutes les flammes les plus célèbres.

(… )

Sur ce, très chère, adieu. Car voilà trop causer,

Et le temps que l’on perd à lire une missive

N’aura jamais valu la peine qu’on l’écrive.

La jouissance d’écrire de Louise Labé qui n’a d’égale que le plaisir du lecteur et déjà suffit à faire vivre le phénomène encre-papier, le jeu solitaire, ce je mélancolique auquel répond un jeu d’humour et d’ironie du scripteur de la Lettre des Fêtes galantes, font du texte amoureux un monologue intérieur qui dit bien ce qui se passe dans le travail de l’écrivain et ce qui est à l’œuvre en tout amour, réciproque ou non.

Lorsque de « déchiré », le voile du quotidien est devenu « plaisant », c’est que l’humour s’est taillé la part belle.

A coups de ciseaux magiques, en douceur et « sans hache », il a inventé l’humour, un certain humour, « un humour sans h,(…) unissant le déchirant et le plaisant » 144 Est-ce là une façon « de serrer les dents, de ne pas crier » 145 comme le dit Francis Ponge?

Faut-il serrer les fesses? Avec les (pas très) sages conseils de L’Erotisme et l’amour d’Etiemble, envisageons quelques croustillante façon de développer nos connaissances géographiques. Aux amateurs de sévère garde-à-vue préférons ces charmants garde-à-vous dignes du seul service militaire pour lequel je militerais volontiers!146

Mieux vaut donc, pour chaque couple, se créer un vocabulaire, le sien, qui ne sera intelligible qu’aux interessés. J’ai connu un ménage qui, quelque soir d’invention joyeuse avait décrété que la fesse droite s’appellerait Bombay ( à cause de Bombée); la gauche, du coup, par symétrie géographique, devenait Calcutta. Pour s’imposer une variante malaisée les complices décidèrent bientôt que, sur le modèle militaire (Première quinzaine, boutonnez-vous à droite! Deuxième quinzaine, boutonnez-vous à gauche!) Calcutta et Bombay changeraient de nom chaque quinzaine. Qui se trompait payait un gage, on devine aisément de quel ordre. Depuis la vogue de Oh! Calcutta!, je ne sais où ils en sont; par estime pour eux, j’espère qu’ils auront abandonné cette fantaisie, en auront inventé d’autres.

Délicieusement « indifférent(s) aux bons usages du savoir » 147 , terminons notre folle escapade en imaginant, rien que pour le plaisir du clin d’œil un poétique essai sur la virgule, ce petit cil du texte qui bat d’impatience amoureuse et nous raconte des ba(l)ades depuis les châteaux du Moyen Age où « Cil qui la voit, jouyt d’un treshault heur » 148 jusqu’à ces deux enchanteurs du vingtième siècle, que nous avons si souvent cités en ces pages, Emile Ajar et lucien Becker.

A comme Ajar:

« Elle baissa les yeux avec beaucoup de cils. Je crus même qu’elle allait parler dans mon imagination.  » 149, une petite phrase que je n’avais pas remarquée et que mon Maître de Thèse, Marc-Mathieu Münch, aime si tellement qu’il en a fait l’étude en ses recherches poétiques 150:

Si je lis: elle baissa son regard ombré de longs cils, je ne vois rien non plus, j’ai simplement l’impression que l’auteur a choisi une image qui appartient au style soutenu. Si je lis: son regard s’abaissa noirci de cils, c’est déjà mieux; je vois peut-être la couleur noire et je sens que quelqe chose d’inquiétant accompagne le mouvement. Mais si je lis dans Ajar: elle baissa les yeux, avec beaucoup de cils, le prodige de l’effet littéraire s’accomplit d’un seul coup, je vois cet œil et ces cils mieux qu’au cinéma et je ressens dans mon corps l’émotion de l’amant fasciné. Pourquoi? C’est que l’image d’Ajar est neuve et que les autres sont usées. Elles ont perdu leur pouvoir d’évocation, on les a trop lues, trop entendues, trop reprises dans nos rédactions d’adolescents.(…) La formule d’Ajar est neuve mais elle est aussi en accord avec une sensibilité qui veut dire les choses sans rhétorique et quand même avec effet. Lorsque Ajar dit: avec beaucoup de cils, c’est bien un effet littéraire, mais il n’est pas encore catalogué comme tel. Ni le linguiste, ni le professeur de lettres, ne sont encore passés par là!

B comme Becker, mon avocat préféré en ce drôle de procès, puisqu’il a juré de dire l’Amour, et Rien que l’Amour:

« Je peux attendre ainsi des nuits entières avec (… ) tes cils pour horizon.  » 151

Sans oublier, bien sûr, celle dont nous nous sommes fait l’écho, femme-fleur, femme-enfant dont les clins d’œil savent se faire caresse, avec un

C comme Colette:

« Si j’approchais ma joue de la tienne, je sentirais tes cils frémir comme l’aile d’une mouche captive… » 152

Frôlements de cils, cela se nomme je crois, un « baiser de papillon ».

« Le papillon vit, chez Colette, tous les stades de sa métamorphose. Chenille, il dessine les sourcils de Juliette, sa demi-sœur aux longs cheveux (… ) Une fois papillon, il devient cil de femme: « Le beau regard oriental d’Irène s’appuie sur celui d’Antoine; ses cils, lourds de mascara, battent paresseusement comme l’aile d’un papillon rosé…  »  » 153

Cette esquisse d’ouvrage possible fait aussi clin d’œil en ma thèse puisque la petite phrase qui fit déclic et enclencha ce travail , « Je suis venu déchiré le voile du quotidien » 154*, n’a cessé de me faire signe, avec ce petit cil pointé sur cet « e » , coquin participe passant de ma thèse!

Comment mettre le « terme » final à une recherche qui se fit fil d’Ariane au quotidien de mes lectures, de mes instants?

Clore, éclore, et plaisant rappel d’une petite note de bas de page à l’ouverture de cette thèse:

« Le verbe « éclore » partage avec le verbe « clore » la particularité de ne se conjuguer ni à l’imparfait ni au passé simple! « 

Imparfaite recherche désormais passée te voici close. L’annexe que j’appose et que chacun pourra compléter à l’infini au gré de ses propres lectures prouve qu’avec deux l on peut faire quelque chose!

Merci de m’avoir lue!

ANNEXE

Défense et illustration de l’amoureuse faute

-POUR UNE ANTHOLOGIE A VENIR?-

« Viens y cacher l’amour et ta divine faute.  » 155

« (…) les grands écrivains français qu’elle admirait tant et qui faisaient eux aussi des fautes que le temps rendait touchantes, parfois délicieuses, ou qu’il absolvait et transformait en règle, rendant obsolète la juste et belle façon de s’exprimer…  » 156

« Au fil de la plume (… ) ce dont il faut trouver à tout prix le moyen de le dire, à travers toutes langues et grammaires, en dépit de toutes réglementations et intimidations, envers et contre tout.  » 157

« Delacroix disait qu’après avoir fait toutes les études qu’on sent nécessaires en vue d’un tableau, il fallait s’y mettre en s’écriant:  » Et maintenant, tant pis pour les fautes!  » C’est à dire qu’il faut laisser parler l’instinct.  » 158 ( et il ajoutait même qu’il était dommage de retrancher)  » toutes les heureuses négligences qui sont la passion de l’artiste. »159

« Les chevaux… mon cheval! Je ne récite pas les pluriels irréguliers (… ) Le baluchon de chiffons sur l’épaule, je cravache. » 160

« Chaque fois que le maître rend les copies, je vois bien qu’il ne comprend pas comment je peux, avec une telle orthographe, écrire les meilleures rédactions de la classe. » 161

« Les grands écrivains n’ont pas été faits pour subir la loi des grammairiens mais pour imposer la leur, leur caprice. » 162

« L’enjeu de la poésie: chercher dans la prison de la faute la faille minuscule qui mène au dieu libérateur.  » 163

« La poésie, en produisant l’inattendu, l’inouï, (… ) en violant le sens ( grammatical) en atteint, et quelquefois en dépasse, les limites. (… ) La violation des règles de la syntaxe et de la sémantique, c’est justement ce qui donne naissance à la poésie » 164

« On ne bâtit multiformément que sur l’erreur. C’est ce qui nous permet de nous supposer, à chaque renouveau, heureux.  » 165

« J’accepte et j’affirme, hors du vrai et du faux, hors du réussi et du raté. (… ) C’est au plus profond du leurre que vient se loger bizarrement la sensation de vérité.  » 166

« La poésie: l’amour est son foyer, l’insoumission sa loi.  » 167

« Vois ma couleur changeante et vois mes sens émus,

Je suis près du péril de l’agréable faute.  » 168

« Et quand l’irrégularité périlleuse m’était signalée, c’était une vieille connaissance que je retrouvais.

Quand on aime, on aime aussi le défaut sur le visage aimé. On aime d’abord malgré cela, et puis on aime pour cela. L’amour est devenu passion.  » 169

« Et la voilà de nouveau, il la retrouve… (… ) il la contemple… (… ) Il revoit ses imperfections, ses irrégularités, ses maladresses… elles sont touchantes… elles révèlent sa force, son audace juvénile, la liberté, la spontanéité de ses élans.  » 170

« Là, taillant des dessins dans les perles que j’aime

Mes défauts les plus grands furent ceux de mes poèmes.  » 171

« Enfin, le texte peut, s’il en a envie, s’attaquer aux structures canoniques de la langue elle-même (… ) Il s’agit par transmutation (et non seulement par transformation), de faire apparaître un nouvel état philosophal de la matière langagière; cet état inouï, ce métal incandescent, hors origine et hors communication, c’est alors du langage, et non un langage, fut-il décroché, mimé, ironisé.  » 172

« Fais de chaque faute une richesse.  » 173

« Subjectivité et objectivité se livrent, au cœur d’une vie humaine, une série d’assauts, desquels le plus souvent assez vite la première sort très mal en point.

Au bout de trente-cinq ans ( c’est sérieux la patine), les légers soins dont je me résous à entourer la seconde ne témoignent que de quelque égard au mieux-dire (… ) le plus grand bien de l’autre – qui continue à m’importer davantage- résidant dans la lettre d’amour criblée de fautes et dans les livres érotiques sans orthographe.  » 174

« Ô grand amour

Bonheur des erreurs très sereines

Et secourable espoir de se tromper ensemble.  » 175

C’est pas possible, c’est pas vrai, je ne vais pas la manquer, pas maintenant, il faut refaire le trajet en sens inverse, je…

 » Les voyageurs pour…  » Le haut-parleur. L’horloge en face, énorme: moins d’une minute; je vais repartir tout seul avec ma bague comme un con. Des gens remontent, je vais être coincé, pas d’arrêt avant Dijon, une jolie trotte pour retourner. Je vais pas pleurer quand même. Lui donner au retour, c’est pas pareil, c’est moins cinéma.

Je veux la revoir, merde, cinquante ans de ma vie pour dix secondes, ça vaut le coup quand même… je lui donne la bague et…

 » Lauren! « 

Je n’entends pas ce qu’elle dit derrière la vitre, elle n’arrive pas à atteindre la poignée.

 » La portière à côté! « 

Elle disparaît, resurgit. Je ne peux pas m’approcher avec ce grand con devant, et ça va démarrer. Ca y est. Elle a la boîte.

 » C’est pour toi, c’est pour la Noël. « 

Elle n’arrive pas à défaire le noeud.

 » Les voyageurs pour… « 

« T’énerve pas, dis-je, c’est une bague. « 

Elle rit et ça fait drôle avec ses larmes.

 » Je t’ai tricoté une écharpe, dit-elle, trente mètres de long. « 

Ca me fait une boule dans le cou et je n’avale plus.

Ca y est, elle s’éloigne. Le quai part en arrière tout doucement et je défile, immobile devant les wagons, tandis que ses lèvres s’écrasent, collées à la vitre qui remonte, des lèvres qui font un rond comme un zéro au feutre rouge sur le cahier d’un écolier. 176

*

BIBLIOGRAPHIE

Par ordre alphabétique d’auteurs

Ecrivains

 

AUTEUR INCONNU, Chant des Indiens Crees, in Paroles de Chamans, Albin Michel, 1997.

AUTEUR INCONNU, Légende d’Esquimau, in Paroles indiennes, Albin Michel, 1994.

ALCOFORADO, Mariana da Costa, Lettres Portugaises, Gallimard, 1990.

ALEXAKIS, Vassilis, La Langue maternelle, Fayard Poche, 1995.

APOLLINAIRE, Guillaume, Zone, in Alcools, Gallimard, 1920.

Amour, in Le Guetteur mélancolique, Gallimard, 1952.

Acousmate, in Le Guetteur mélancolique, op. cit.

L’Ermite, in Alcools, op. cit.

Mon Amie je pense à toi, in Le Guetteur mélancolique, op. cit.

L’Inscription anglaise, in Calligrammes, Poésie-Gallimard,1925.

Miroir, in Calligrammes, Editions Mermod, 1953, in La Langue, La Poésie, par Jean-Jacques Thomas, Presses Universitaires de Lille, 1989.

Réponse des Cosaques zaporogues au sultan de Constantinople, in Alcools, op.cit.

L’Ecrevisse, in Le Bestiaire, Alcools, op. cit.

Journal intime 1989-1918, Editions du Limon, 1991, via Peter Read, « La Révolution cubiste », in LeMagazine littéraire, n° 348, novembre 1996.

La Maison des morts, in Alcools, op. cit.

ARAGON, Louis, Le Roman inchevé, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, Georges Sadoul, Seghers, 1967.

Les Yeux d’Elsa, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Le Paysan de Paris, Gallimard, 1926.

Suicide, in Le Mouvement perpétuel, Gallimard, 1920 à 1970.

La Faim de l’homme, in Le mouvement perpétuel, op. cit.

L’Illusion de la désillusion, in Le mouvement perpétuel, Gallimard, 1926.

Eclairage à perte de vue, in Le Mouvement perpétuel, op. cit.

Cantique des cantiques, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Cantique à Elsa, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Pour demain, in Le Mouvement perpétuel, op. cit.

Du peu de mots d’aimer, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Petite suite sans fil, in Le Crève-cœur, in Aragon, in Poètesd’aujourd’hui, op. cit.

C, in Les Yeux d’Elsa, in Aragon, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

L’Etrangère, par Yves Montand, Editions Meridian, 1962.

AZNAVOUR, Charles, Mon émouvant amour, in Aznavour au Palais des Congrès, Disque EMI France, 1995.

………………………..Je t’aime, A. I. M. E. , in Aznavour au Palais des Congrès, op. cit.

BARBARA, Je ne sais pas dire, in Barbara par Jacques Tournier, Seghers, 1968.

BAUDELAIRE, Charles, in Œuvres Complètes Tome I, La Pléiade, Gallimard, 1975.

Maximes consolantes pour l’amour, in Œuvres Complètes, Tome I, op. cit.

Elevation, in Spleen et Idéal, in Les Fleurs du mal, in Œuvres Complètes, Tome I, op. cit.

BEAUJEU, Renaut de, Le Bel Inconnu, Librairie de Honoré Champion, 1983.

BECKER, Lucien, Rien que l’amour, Editions de la Table ronde, 1997.

BERIMONT, Luc, Demain la veille, in Anthologie de la poésie française, Larousse, 1995.

BLONDEL, Eric, L’Amour, Flammarion, 1998.

BOBIN, Christian, La Part manquante, Gallimard, 1986.

BOEHME, Jacob, cité par N. Brown, 1995, in Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes, Collection Tel Quel, Seuil, 1977.

BONNEFOY, Yves, La Vie errante, Mercure de France, 1993.

BOSQUET, Alain, Premier testament, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

BOTTON, Alain de, Petite philosophie de l’amour, Denoël, 1993.

BOUHIER, Jean, Les Mots largués, in L’Horloge du cœur, Editions Associatives CLAPAS.

BOULMANT-PIERRE, Hélène, Lettres à Ison, in D’Ame dili dame, 1999.

BRASSENS, Georges, La Première fille, in Georges Brassens, l’Anar bon enfant par Alphonse Bonnafé, Seghers, 1988.

La Chasse aux papillons, in L’Anar bon enfant par Alphonse Bonnafé, op. cit.

BREL, Jacques, La Bourrée du célibataire, in Jacques Brel, in Poètes d’aujourd’hui, Jean Clouzet, Collection Poésie et chansons, Seghers, 1964.

Bruxelles, in Jacques Brel, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

BRETON, André, L’Amour fou, Folio-Gallimard, 1937.

La Courte échelle, in MOT A MANTE, in Signe Ascendant, Poésie Gallimard, 1967.

Lettre à Jacques Doucet du 9 février 1921, in Breton, Œuvres complètes, Tome I, op. cit.

Nadja, Gallimard, 1964.

BUTOR, Michel, L’Emploi du temps, Les Editions de Minuit, 1956.

La Modification, Les Editions de Minuit, 1957.

Le fil à quoi tient notre vie, Editions Voix de chants, 1996.

CARROLL, Lewis, Alice au Pays des Merveilles suivi de L’Autre Côté du miroir, Gründ, 1985.

CAUVIN, Patrick, Théâtre dans la nuit, Albin Michel, 1997

E = MC2, Mon Amour, J. C. Lattès, 1977.

CENDRARS, Blaise, L’Homme foudroyé, Le Livre de poche, 1945.

Du Monde entier, Gallimard, 1947.

Lettre, in Au Cœur du monde, Gallimard, 1947, 1967.

Lettre-Océan, in Du Monde entier, op. cit.

Ma danse, in Du monde entier, op. cit.

Du Monde entier au cœur du monde, in Poèmes, Editions Denoël, 1947.

CEZANNE, Paul, Lettre à Emile Zola du 3-5-1858, in Lettres de Peintres, Messidor, 1991.

CHAR, René, Les Matinaux, in Anthologie de la Poésie française, op. cit.

CLIFF, William, Journal d’un innocent, Gallimard, 1996.

COHEN, Albert, Belle du Seigneur, Gallimard, 1968.

COLETTE, La Maison de Claudine, Hachette, 1960.

Le Pur et l’Impur, Hachette, 1971.

Rêverie de Nouvel An, in Les Vrilles de la vigne, Hachette, 1995.

Nuit blanche, in Les Vrilles de la vigne, op. cit.

Le Dernier feu, in Les Vrilles de la vigne, op. cit.

Chanson de la danseuse, in Les Vrilles de la vigne, op. cit.

Toby-Chien parle, in Les Vrilles de la vigne, op. cit.

La Vagabonde, Albin Michel, 1990.

Ronde des chauves-souris, in L’Enfant et les sortilèges, in L’Avant-scène opéra, n°27.

Danse des rainettes, in L’Enfant et les sortilèges, in L’Avant-scène opéra, op. cit.

Le Blé en herbe, Flammarion, 1923.

L’Entrave, in Colette Comme une Flore Comme un Zoo, Régine Detambel, Stock, 1997.

Jour gris, in Les Vrilles de la vigne, op. cit.

CORBIERE, Tristan, Chanson en SI, citée par Jean-Michel Adam, in Pour lire le poème, Editions

De Boeck- Duculot, 1989.

CROS, Charles, Conclusion, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

CUNEO, Anna, Prague aux doigts de feu, Bernard Campiche Editeur, 1990.

DAUMAL, René, Le Contre-Ciel, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

DELACROIX, Eugène, Lettre à M. Pérignon, 18 avril 1859, in Lettres de Peintres, op. cit.

DELANOE, Pierre, Et maintenant, interprété par Gilbert Bécaud, in C.D. Compilation, Emi France, 1996.

DESHIMARU, Maître, in Paroles zen, Albin Michel, 1994.

DESNOS, Robert, Camarades, in Fortunes, Poésie Gallimard, 1945.

Le Bonbon, in 128 poèmes de Guillaume Apollinaireà 1968, Gallimard, 1995.

Dialogue de montagnes, in Fortunes, op. cit.

Au Mocassin le verbe, in Alice au pays du langage, Marina Yaguelo, Seuil, 1981.

Comme, in Fortunes, op. cit.

Infinitif, in 128 poèmes de Guilaume Apollinaire à 1968, op. cit.

DONAY, Maurice, Monte Carlo, in Les Poètes du Chat Noir, Gallimard, 1996.

DOOS, Daniel J., Aria Da Capo, in Nouvelles brèves, texte inédit, 1997.

DURAS, Marguerite, C’est tout, P. O. L. Editeur, 1995.

ELUARD, Paul, in La Langue, la Poésie, op. cit.

FERRE Léo, Jolie môme, par Juliette Gréco, Sony Music, 1982.

FINKELKRAUT, Alain, Petit Fictionnaire illustré, Editions Point Virgule, 1981.

FLAUBERT, Gustave, L’Education sentimentale, Editions Rencontre, 1970.

FROMENTIN, Eugène, Dominique, Gallimard, 1966.

GAINSGOURG, Serge, J’ai mis au propre, in Gainsbourg par Gilles Verlant, Le Livre de poche, Editions Albin Michel, 1992.

En relisant ta lettre, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

Appareil à sous, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

Betty Jane Rose, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

Zéro pointé vers l’infini, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

Exercice en forme de Z, interprété par Jane Birkin, in Ex-fan des sixties, album 33 tours

Fontana, 1978.

La Chanson de Prévert, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

L’Anamour, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

L’Aquaboniste, in Gainsbourg par Gilles Verlant, op. cit.

GARY, Romain, (AJAR Emile), Gros Câlins, Mercure de France, 1974.

Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Gallimard, 1975.

GERMAIN, Sylvie, La Pleurante des rues de Prague, Gallimard, 1992.

GHIL, René, La Ville au loin, in Le Vœu de vivre, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

GIDE, André, Les Nouvelles Nourritures, Livre n°1, Gallimard, 1967.

GODIN, Eugène, Ille, Illa, Illud, in Les Poètes du Chat Noir, op. cit.

GUERASION, Luca, Le Chant de la carpe, Corti, in Critique et Clinique, Gilles Deleuze, Editions de Minuit, 1993.

HALL-RICQ, Anne-Marie, Mots d’Amour, Editions Pierron, 1994.

HASSOUN, Jacques, Le Cantique des Cantiques, traduit de l’hébreu par Pierre-Thomas du Fossé, Editions Mille et une nuits, n° 25, mars 1994.

HUGO, Victor, Les Misérables, Folio-Gallimard, 1973.

Les Rayons et les Ombres, in Œuvres poétiques complètes, Tome II, Editions Pauvert, 1961.

Les Contemplations, in Anthologie de la Poésie française, op. cit.

JACOB, Max, in Anthologie de la Poésie française, op. cit.

JARDIN, Alexandre, Le Zèbre, Gallimard, 1988.

JOUVE, Pierre-Jean, En Miroir, journal sans date, Mercure de France, 1954.

KAFKA, Franz, Lettres à Miléna, Gallimard, 1956.

LA FONTAINE, Jean de, Adonis, in Œuvres complètes, L’Intégrale Seuil, 1965.

LABE, Louise, Sonnet XVII, in Les Plus belles Pages de la poésie française, op. cit.

LA CLAVETINE, Jean-Marie, Demain la veille, Gallimard, 1995.

LASPHRISE, Marc-Papillon, in Anthologie de la Poésie amoureuse de l’âge baroque, Le livre de Poche, 1990.

LECOCQ, Sylvain, Dit, texte extrait d’un manuscrit, in Compagnie de l’Art Brut, Lausanne, republié dans M. Evoz, Ecrits bruts, P.U.F., 1979, in Petite Fabrique de Littérature, Magnard, 1996.

L’ISLE ADAM, Villiers de, L’Eve future, in Dictionnaire des difficultés de la langue française, Larousse, 1971.

MALLARME, Stéphane, Prose pour des Esseintes, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

Rondel II, in Les Plus Belles Pages de la poésie française, op. cit.

MALLET, Robert, Silex éclaté, in Anthologie de la Poésie française, op. cit.

MANI, Tatanga, ou WALKING BUFFALO, in Paroles indiennes, op. cit.

MARBEUF, Pierre de, Blasons en hommage à Amaranthe, in Anthologie de la poésie amoureuse de l’âge baroque, op. cit.

MARCUOLA, Roland, Moi pas comprendre, in Permets-moi de te dire vous, Editions Pierron, 1999.

Les Voix, in Une Pause, Compact Disc, Production  » Les Uns les autres « .

MAROT, Clément, L’Adolescence Clémentine, in Œuvres poétiques, Tome I, Garnier, 1996.

Chanson III, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

Chanson XVII, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

De l’Absent de s’Amye, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

Rondeau II de l’Adolescence Clémentine, in Œuvres complètes, op. cit.

D’Alliance de sœur, Rondeau LI, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

Chanson XXXV, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

MATISSE, Henri, Lettre à Raymond Escholier, Octobre 1934, in Lettres de Peintres, op. cit.

MERILL, Stuart, Une voix dans la foule-Adagio, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

MICHAUX, Henri, Passages, Gallimard, 1937-1993.

Voyage en Grande Garabagne, in Ailleurs, Gallimard, 1967.

MILLET, Richard, L’Amour des trois sœurs Piale, Folio, 1997.

MILOVANOFF, Jean-Pierre, L’Offrande sauvage, Grasset, 1999.

MOLIERE, Jean-Baptiste, L’Avare, Classiques Hachette, 1991.

MONTAIGNE, Michel de, Les Essais, Livre I, Flammarion, 1969.

MOULOUDJI, Qui donc a changé ? , in Mouloudji, Poésie et chansons, Seghers, 1971.

NAVARRE, Yves, Une Vie de chat, Albin Michel, 1986.

NELLINGEN, Emile, Soir d’hiver, in Les Plus Belles Pages de la poésie française, op. cit.

NERVAL, Gérard de, Une Allée du Luxembourg, in Odelettes, in Anthologie de la Poésie française, op. cit.

NOUGARO, Claude, Un Grain de folie, in Poètes d’aujourd’hui, par Michel Giroud, Collection Poésie et chansons, Seghers, 1967.

Mater, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Montparis, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

Armé d’amour, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit.

NOUVEAU, Germain, L’Amour de l’amour, in Les Poètes du Chat Noir, op. cit.

Valentine, in La Poésie, une anthologie illustrée, Editions l’Aventurine, 1996.

PEREC, Georges, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

PERGAUD, Louis, La Guerre des boutons, Gallimard, 1997.

PICOULY, Daniel, Le Champ de personne, Flammarion, 1995.

PIERREL, Bertrand, Lit Grec,in Plumes à connaître, numéro 9.

PONGE, Francis, Le Cageot, in Le parti pris des choses suivi de Proêmes, Gallimard, 1942-1948.

Le Pré, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

Le Verre d’eau, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

PREVERT, Jacques, Pour faire la portrait d’un oiseau, in Les Plus Belles Pages de la Poésie Française, op. cit.

Je suis comme je suis, in Paroles, Gallimard, 1949.

Mea culpa, in Histoires, Gallimard, 1963.

Quartier libre, in Paroles de révolte, op. cit.

L’Accent grave, in Paroles, op. cit.

Le Jardin, in Paroles, op. cit.

Parlez-moi d’amour, par Juliette Gréco, Collection Millésimes, 1982.

PROUST, Marcel, Le Temps retrouvé, in A la Recherche du Temps perdu, Folio Gallimard, 1989.

Un Amour de Swann, in Du côté de chez Swann, Folio-Gallimard, 1987. ,

QUENEAU, Raymond, Le Paradoxe, in Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, Poésie Gallimard, 1967 à 1980.

L’écolier, in Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, op. cit.

Quand B fit l’Amour avec A, in Raymond Queneau un poète, Gallimard, 1982.

Un Enfant a dit, in Raymond Queneau un poète, op cit.

Si tu t’imagines…, in Les Plus Belles Pages de la poésie française, op. cit.

Bâtons, Chiffres et Lettres, via Nina Catach, Les Délires de l’orthographe, Plon, 1989.

Dites-moi zoù, in Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, op. cit.

Mésusage de la litote, in Queneau, un poète, op. cit.

Découverte des pictogrammes, in Courir les rues battre la campagne Fendre les flots, op. cit.

Entretiens avec Georges Charbonnier, Gallimard, 1962.

RACINE, Jean, Phèdre, Classique Larousse, 1959.

REDA, Jacques, Les Ruines de Paris, N. R. F. , Poésie Gallimard, 1993.

RENARD, Jules, Le Plaisir de rompre, in Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard et Flammarion, 1971.

RILKE, Rainer Maria, Lettre à un jeune poète, Flammarion, 1994.

RIMBAUD, Arthur, Une Saison en enfer, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

ROCHE, Denis, Dès son entrée elle va me répondre qu’elle, in 128 poèmes de Guillaume Apollinaire à 1968, op. cit.

ROMAINS Jules, Les Hommes de bonne volonté, Tome III,in XX° siècle, Lagarde et Micheard, op. cit.

RONSARD, Pierre de, Sonnet pour Hélène de Surgère, in La Poésie, une anthologie illustrée, op. cit.

ROUANET, Marie, Nous les filles, Payot, 1990.

ROUSSEAU, Jean-Jacques, Les Confessions, Le Livre de poche, Tome I, 1972.

Les Confessions, livresixième, Flammarion, 1968.

ROUSSEL, Raymond, La Doublure, in Anthologie de la poésie française, op. cit.

SAPHO, Patio, Stock, 1995.

SARRAUTE, Nathalie, Ouvrez, Gallimard, 1997.

Entre la vie et la mort, Gallimard, 1968.

SENGHOR, Léopold Sédar, in Œuvres poétiques, Points, 1989.

SILVEBERG, Djann, L’Amant, in Revue Art et Poésie, n° 156.

SIMOËN, J-C, Le Mamou, in Jeux de lettres, jeux d’esprit, Michel Laclos, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

SOULAIVOL, Jean, Chants de l’Amour, Editions La Goélette, 1952.

STENDHAL, Vie de Henry Brulard, in Œuvres intimes, La Pléiade, Edition établie par V. del Litto, 1982.

Vie de Henry Brulard-Stendhal écrit par lui-même, Edition diplomatique du manuscrit de Grenoble, Klincksieck, 1996.

Le Rouge et le noir, Editions de Poche, 1958.

La Chartreuse de Parme, Le Livre de poche, 1983.

Journal, in Oeuvres complètes, Tome IV, Librairie Honoré Champion, 1986.

TISON, Pascale, Le Velours de Prague, Collection Maintenant ou jamais, Editions Les Eperonniers, 1996.

TOURNIER, Michel, Le Pied de la lettre, Mercure de France, 1994, 1996.

VALERY, Paul, Rhumbs, in Alice au pays du langage, op. cit..

VERLAINE, Paul, Chansons pour Elle, Editions Mille et une nuits, 1996.

Le Rossignol, in Fêtes galantes Romances sans paroles Poèmes saturniens, Poésie-Gallimard, 1973.

A Clymène, in Fêtes Galantes (…), op. cit.

L’Allée, in Fêtes Galantes ( …), op. cit.

Les Ingénus, in Fêtes Galantes ( …), op. cit.

Chanson XXI, in Chansons pour Elle, op. cit.

Il pleure dans mon cœur, in Fêtes galantes (…), op. cit.

Charleroi, in Fêtes galantes (…), op. cit.

Les Coquillages, in Fêtes galantes ( …), op. cit.

Lettre, in Fêtes galantes (…), op. cit.

Art poétique, in Oeuvres complètes, la Pléiade, 1962.

VIGNY, Alfred de, Lettre à Eva, (fragment 1), in Anthologie de la poésie française, op. cit.

VILLON, François, Ballade des dames du temps jadis, in Le Testament, Collection Grands Ecrivains, Villon-Poésie, 1985.

VOLTAIRE, Candide ou L’Optimisme, Gallimard, 1992.

 

 

Chercheurs

 

ADAMO, Théodor, in Les Ailes des mots, Daniel-Henri Pageaux, L’Harmattan, 1994.

ALLETON, Viviane, Intervention, in La Sociologie de l’art et de sa vocation interdisciplinaire, Editions Denoël, 1976, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

APOLLINAIRE, Guillaume, Critique littéraire, in Œuvres complètes, Editions Balland et Lecas, 1966.

ASTOLFI, J. -P. , L’Erreur, un outil pour enseigner, E. S. F. Editeur, 1997.

ATTALI, Jacques, Chemins de sagesse, Fayard, 1996.

BACHELARD, Gaston, Poétique de la rêverie, P. U. F. , 1960-1989.

Le Droit de rêver, P. U. F. , 1970.

BALL, Hugo, in La Langue, la poésie, Jean-Jacques Thomas, Presses Universitaires de Lille, 1989.

BALLY, Charles, Le Langage et la vie, Payot, 1926.

BARTHES, Roland, Le Plaisir du texte, Points, 1973.

Fragments d’un discours amoureux, op. cit.

BEAUVOIR, Simone de, Le Deuxième Sexe, Tome II, Gallimard, 1949.

BEAUZEE, N., Grammaire générale, ou exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage, Préface V-VI, Frommann, Stuttgart, 1970.

BENAC, Henri, Guide des idées littéraires, Hachette, 1988.

BENASAYAG, Michel, SEAVINO, Dardo, Le Pari amoureux, Editions La Découverte, 1995.

BLANCHOT, Maurice, De Kafka à Kafka, Gallimard, 1981.

BONNARD Henri, Les Procédés annexes d’expression, Editions Magnard, 1992.

BOULMANT-PIERRE, Hélène, Parchemins et chemins, Mémoire de maîtrise, Metz, 1994.

BRODA, Martine, L’Amour du nom, Corti, 1997.

BRONOWSKI, J, (1965), in Roman Jakobson, Huit questions de poétique, Seuil Points, 1977.

BUTOR, Michel, Essais sur le roman, Gallimard, 1992.

CATACH, Nina, Les Délires de l’orthographe, op. cit.

CAVANNA, François, Mignonne, allons voir si la rose…, Belfond, 1989.

CHALON, Jean,  » Colette l’irrégulière « , in Magazine littéraire, n°305, mai 1998.

CLAUDEL, Paul, Positions et propositions,Tome I, Gallimard, 1928.

DAUPHIN, Cécile, in Les Manuels épistolaires au XIX° siècle, in La Correspondance et les usages de la lettre au XIX° siècle, sous la direction de Roger Chartier, Fayard, 1991.

DEFAUX, Gérard, in L’Adolescence Clémentine, op. cit.

DELEUZE, Gilles, Proust et les signes, P. U. F. , 1964-1971., Plon, 1989.

in Critique et clinique, op. cit.

DELOFFRE Frédéric, in Lettres portugaises, Mariana da Costa Alcoforada, op. cit.

DETAMBEL, Régine, Colette Comme une Flore Comme un Zoo, op. cit.

DUCHESNE, Alain, et LEGAY, Théodore, Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

DUMEZIL, Georges, in Le Nouvel Observateur, septembre 1984.

DUPONT, Jacques,  » Visages de l’enfance, sortilèges de Colette « , in L’Avant-scène opéra, op. cit.

ETIEMBLE, L’Erotisme et l’amour, Arlea, 1987.

ETIENNE, Bruno, Faute et liberté chez Pierre-Jean Jouve, Mémoire de D. E. A. , Université de Metz, 1984.

FREYERMUTH-WISSLER, Sylvie-Anne, Des Incohérences anaphoriques au mode d’expression scriptoral: Plaidoyer pour un genre hybride et profondeur du texte, Thèse de Doctorat de Sciences du Langage, Strasbourg, 1996.

GARCIN, Jérôme,  » Les Jeux de mots d’une grande dame « , in Le Nouvel Observateur, 18-24 septembre 1997.

GENSON, Michel,  » Plaisirs de nacre « , in Supplément du Républicain Lorrain, 21 février 1999.

GIULIANI, Elisabeth,  » La Musique et l’enfance « , in L’Avant-scène opéra, n°27, op. cit.

GODEAU, Florence, Fictions d’amour, in Revue OP. CIT. , Publication de l’Université de Pau, 1996.

GOLDENSTEIN, Jean-Pierre, Pour lire le roman, Editions De Boeck-Duculot, 1989.

GOURMONT, Rémy de, Esthétique de la langue française, Mercure de France, 1955.

GRANIER-DEFERRE, Caroline,  » L’aube des sens », in Les Cahiers du nouveau-né, n°5 ,ouvrage collectif sous la direction d’Etienne Herbinet et Marie-Claire Busnel, Stock, 1991.

GUIRAUD, Pierre, KUENTZ, Pierre, Caractères affectifs du langage, in La Stylistique, Klincksieck, 1978.

GUTH, Paul, Histoire de la littérature française du Moyen âge à la révolution, Flammarion, 1981.

JAKOBSON, Roman, Huit questions de poétique, op. cit.

JAUSS, H-R, Pour une esthétique de la réception, 1990.

JUARROZ, Roberto, Poésie et réalité, in L’Amour du nom, op. cit.

KHATIBI, Abdelkédir, « Eloge de l’illisible « , in Magazine littéraire, n°375, avril 1999.

KIERKEGAARD, Le Concept de l’angoisse, N. R. F. Collection Classiques de la Psychologie, 1935.

KLEIBER, Georges, Anaphores et pronoms, Collection Champs linguistiques, Duculot, 1994.

LACAN, L’Amour de la langue, in Pour lire le poème, op. cit.

Séminaire XX, in Pour lire le poème, op. cit.

LECANUET, Jean-Pierre, Les Cahiers du nouveau-né, n°5, op. cit.

LECLERC, Annie,  » L’Amour au pays des chimères « , in Magazine littéraire, n°331, avril 1995.

Parole de femme, Editions Grasset, 1992.

LEEMAN-BOUIX, Danielle, Les Fautes de Français existent-elles?, Seuil, 1994.

LEVESQUE, Christian, Au bout de la langue, Editions Pierron, 1998.

MARTIN, Jean-Pierre, La Bande sonore, Librairie José Corti, 1998.

 » De quelques mots en sourdine « , in Le Magazine littéraire, n°364, avril 1998.

MAULPOIX, Jean-Michel, La Poésie malgré tout, Collection bleue, Mercure de France, 1996.

MESCHONNIC, Henri, Critique du rythme, Editions Verdier, 1982.

MILNER, J-C, L’Amour de la langue, Seuil, 1968.

MOLINIE, Georges, La Stylistique, P. U. F. , 1989.

MOREL, Jean-Pierre, in La Jalousie, Collection Unichamp, 1996.

MÜNCH, Marc-Mathieu, L’Effet de vie, Esthétique de l’art littéraire, Tome I, ( En voie de publication, non encore paginé)

NIETZSCHE, Frédéric, in Magazine littéraire, n°352.

PAGEAUX, Daniel-Henri, Les Ailes des mots, op. cit.

PELLETIER, Anne-Marie, Fonctions poétiques, in Pour lire le poème, op. cit.

PERSE, Saint-John, Discours de Stockolm, Allocution au banquet Nobel de décembre 1960, in Oeuvres complètes, Gallimard, 1972.

PONGE, Francis, La Pratique de la littérature, in Le Grand Recueil, Méthodes, Gallimard, 1961.

PRIOUL, Françoise, Le Français, seconde langue, 1997-1998.

READ Peter, « La révolution cubiste », in Magazine littéraire, n° 348.

REVERDY, Pierre, Poésie et Psychanalyse: à propos de Pierre Jean Jouve, Marcelin Pleynet, Actuel, 1980.

REY, Alain,  » Ecorce et cœur : le livre « , in Magazine littéraire, n° 365, avril 1999.

 » La vie des mots « , in Magazine littéraire, n° 368, septembre 1998.

 » Mythologie blanche « , in Magazine littéraire, n°365, mai 1998.

RIDER, Jacques le, in Magazine littéraire, n° 352, mars 1997.

SAINT-ANDRE, Pascale,  »  Argument « , in L’Avant-scène opéra, op. cit.

SIMON, Claude, présentation d’Orion aveugle, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit.

SOUZENELLE, Annick de, Le Féminin de l’être, Albin Michel, 1997.

STAROBINSKI, Jean, Hecate, vagabu, Revue N. R. F., mai 1976, n° 281.

Préface de Pour une esthétique de la réception, op., cit.

SURANY, Marguerite de, Les Fautes d’orthographe n’existent pas, Editions de La Maisnie, 1983.

TOMATIS, Alfred, Nous sommes tous nés polyglottes, Le Livre de poche, 1991.

TREPS, Marie, Dico des mots-caresses, Point Seuil, 1994.

Calembourdes, Editions Point Virgule, 1999.

VACHON, Stéphane,  »  La Fabrique de l’œuvre « , in Magazine littéraire, n° 373, février 1999.

VENDRYES, Le Langage, La Renaissance du livre, 1921.

YAGUELLO, Marina, Alice au pays du langage, op. cit.

Les Mots et les femmes, Petite Bibliothèque Payot, 1978.

Usuels

 

Dictionnaire encyclopédique de la langue française, Hachette, 1994.

Vocabulaire, Le Robert et Nathan, 1995.

Dictionnaire des difficultés de la langue française, Larousse, 1971.

Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, 1995.

MAINGUENEAU, Dominique, Précis de grammaire pour les concours, Bordas, 1991.

Dictionnaire étymologique, Larousse, 1964.

Lagarde et Michard, XX° siècle, op. cit.

 

 

 

INDEX

Par ordre alphabétique d’auteurs

Ecrivains

 

AUTEUR INCONNU, Chant des Indiens Crees, in Paroles de Chaman

AUTEUR INCONNU, Légende d’Esquimau, in Paroles indiennes

ALCOFORADO, Mariana

ALEXAKIS, Vassilis

APOLLINAIRE, Guillaume

ARAGON, Louis

AZNAVOUR, Charles

BARBARA

BAUDELAIRE, Charles

BEAUJEU, Renaut de

BECKER, Lucien

BERIMONT, Luc

BOBIN, Christian

BONNEFOY, Yves

BOSQUET, Alain

BOTTON, Alain de

BOUHIER, Jean

BRASSENS, Georges

BREL, Jacques

BRETON, André

BUTOR, Michel

CARROLL, Lewis

CAUVIN, Patrick

CENDRARS, Blaise

CHAR, René

CLIFF, William

COHEN, Albert

COLETTE

CORBIERE, Tristan

CROS, Charles

CUNEO, Anne

DAUMAL, René

DELACROIX, Eugène…

DELANOE, Pierre

DESHIMARU

DESNOS, Robert

DONAY, Maurice

DOOS, Daniel J.

DURAS, Marguerite

ELUARD, Paul

FERRE, Léo…

FINKELKRAUT, Alain …

FLAUBERT, Gustave

FROMENTIN, Eugène

GAINSGOURG, Serge

GARY, Romain, (AJAR, Emile)

GERMAIN, Sylvie

GHIL, René

GIDE, André

GODIN, Eugène

GUERASION, Luca

HALL-RICQ, Anne-Marie

HASSOUN, Jacques

HUGO, Victor ..

JACOB, Max…

JARDIN, Alexandre…

JOUVE, Pierre-Jean

KAFKA, Franz

LA FONTAINE, Jean de

LABE, Louise

LA CLAVETINE, Jean-Marie

LASPHRISE, Marc-Papillon de

LECOCQ, Sylvain

L’ISLE ADAM, Villiers de

MALLARME, Stéphane

MALLET, Robert

MANI, Tatanga, ou WALKING BUFFALO

MARBEUF, Pierre de

MARCUOLA, Roland

MAROT, Clément

MATISSE, Henri…

MERILL, Stuart

MICHAUX, Henri

MILLET, Richard

MILOVANOFF, Jean-Pierre

MOLIERE, Jean-Baptiste…

MONTAIGNE, Michel de…

MOULOUDJI

NELLINGEN, Emile

NERVAL, Gérard de

NOUGARO, Claude

NOUVEAU, Germain

PEREC, Georges…

PERGAUD, Louis

PICOULY, Daniel

PIERREL, Bertrand

POLNAREFF, Michel

PONGE, Francis

PREVERT, Jacques

PROUST, Marcel .

QUENEAU, Raymond

RACINE, Jean

REDA, Jacques

RENARD, Jules

REVERDY, Pierre

RILKE, Rainer Maria

RIMBAUD, Arthur

ROCHE, Denis

ROMAIN, Jules

RONSARD, Pierre de

ROUANET, Marie

ROUSSEAU, Jean-Jacques

ROUSSEL, Raymond

SAPHO

SARRAUTE, Nathalie

SENGHOR, Léopold Sédar

SILVEBERG, Djan…

SOULAIVOL, Jean

STENDHAL

TISON, Pascale

TOURNIER, Michel…

VALERY, Paul…

VERLAINE, Paul

VIGNY, Alfred de

VILLON, François

VOLTAIRE, François-Marie

 

Chercheurs

 

ADAMO, Théodor

ALLETON, Viviane

ASTOLFI, Jean -Pierre

ATTALI, Jacques

BACHELARD, Gaston

BALL, Hugo

BALLY, Charles

BARTHES, Roland

 

BEAUVOIR, Simone de

BEAUZEE, N

BENAC, Henri

BENASAYAG, Michel et SEAVINO Dardo

BLANCHOT, Maurice

BLONDEL, Eric

BOEHME, Jacob

BONNARD Henri

BOULMANT-PIERRE, Hélène

BRODA, Martine

BRONOWSKI, J.

BUTOR, Michel

CATACH, Nina

CAVANNA, François

CHALON, Jean

CLAUDEL, Paul

DAUPHIN, Cécile

DEFAUX, Gérard

DELEUZE, Gilles

DETAMBEL, Régine

DUCHESNE, Alain, et LEGAY, Théodore

DUMEZIL, Georges

DUPONT, Jacques

ETIEMBLE

ETIENNE, Bruno

FINKELKRAUT, Alain

FREYERMUTH-WISSLER, Sylvie-Anne

GARCIN, Jérôme

GENSON, Michel

GIULIANI, Elisabeth

GODEAU, Florence

GOLDENSTEIN, Jean-Pierre

GOURMONT, Rémy de

GRANIER-DEFERRE, Caroline

GUIRAUD, Pierre, KUENTZ, Pierre

GUTH, Paul

JAKOBSON, Roman

JUARROZ, Roberto

KHATIBI, Abdelkédir

KIERKEGAARD

KLEIBER, Georges

LACAN

LECANUET, Jean-Pierre

LECLERC, Annie

LEEMAN-BOUIX, Danielle

LEVESQUE, Christian

MAINGUENEAU, Dominique…

MARTIN, Jean-Pierre

MAULPOIX, Jean-Michel

MESCHONNIC, Henri

MILNER, J-C

MOLINIE, Georges

MOREL, Jean-Pierre

MÜNCH, Marc-Mathieu

NIETZSCHE, Frédéric

NOREEN, ..

PAGEAUX, Daniel-Henri

PELLETIER, Anne-Marie

PEREC, Georges

PERSE, Saint-John

PONGE, Francis

PRIOUL, Françoise

QUENEAU, Raymond

READ, Peter…

REVERDY, Pierre

REY, Alain

RIDER, Jacques le

SAINT-ANDRE, Pascale

SIMOEN, J.C.

SIMON, Claude

SOUZENELLE, Annick de

STAROBINSKI, Jean

SURANY, Marguerite de

TOMATIS, Alfred

TREPS, Marie

VACHON, Stéphane

VENDRYES

YAGUELLO, Marina

TABLE DES MATIERES

Sommaire ……………………………………………………………………………………………………………….

INTRODUCTION: DE PREMICES EN PREMISSES ou GENESE D’UNE THESE.

I) LECTURE DES PREMICES……………………………………………………………………………

  1. MAITRISE ET D. E. A. : AU CONFLUENT DE DEUX MEMOIRES………………………..

a) Maîtrise :…………………………………………………………………………………………………….

1) Racines………………………………………………………………………………………………..

2) Sève…………………………………………………………………………………………….

3) Arbre……………………………………………………………………………………………..

b) D. E. A………………………………………………………………………………………………….

1) D comme Désert………………………………………………………………………………..

2) Et……………………………………………………………………………………………………

3) Arbre retrouvé!……………………………………………………………………………………

  1. A L’ECOUTE DE L’ENFANCE: LES (RES)SOURCES DU DESERT……………………….

a) Le D.E.A de mes quatre ans…………………………………………………………………………….

1) Les bâtons……………………………………………………………………………………………

2) Baptême au pays des merveilles…………………………………………………………….

3) Les jolis cailloux………………………………………………………………………………

b) Ma petite maîtrise………………………………………………………………………………………….

1) Dans le jardin extraordinaire…………………………………………………………….

2) C’est drôle………………………………………………………………………………………..

3) Il y avait bâton et bâton!……………………………………………………………………

II) ECRITURE DES PREMISSES……………………………………………………………………………

A) PROBLEMATIQUE (art de la) ET PARADOXE (rôle du)………………………………………

a) De l’ « Et quoi, si on…  » à l’équation…………………………………………………………………..

1) Une pomme qui tombe à pic!……………………………………………………………………

– Sur Newton et sous l’arbre édenique……………………………….

– Les pépins de Stendhal………………………………………………………….

– De paradoxe en paradoxe ……………………………………………………………….

2) Parole de pomme:quand le « je » entre en jeu……………………………………………..

3) A chacun ses deux L ! …………………………………………………………………………

b) La faute comme identité remarquable…………………………………………………..

1) Les termes de l’équation…………………………………………………………………..

  1. Quand L égale X………………………………………………………………….

  2. C.Q.F.D. mais pourquoi F?……………………………………..

4) Et par quel D?…………………………………………………………………………………..

  1. POETIQUE DE LA DEMARCHE…………………………………………………………………………..

  2. Peindre d’abord…………………………………………………………………………………………….

1) Une cage……………………………………………………………………………………..

2) Avec une porte ouverte………………………………………………………………

  1. Peindre ensuite quelque chose de joli………………………………………………………..

  2. Quand l’oiseau arrive………………………………………………………………………….

  3. Observer……………………………………………………………………………………………..

  4. Fermer………………………………………………………………………………………

  5. Puis effacer…………………………………………………………………………………………

I) DELITS

Préambule……………………………………………………………………………………………………………..

A) DES LOIS DE L’ESPRIT: LES BARREAUX DE LA CAGE……………………………………

a) Grille du texte…………………………………………………………………………………………….

1) L’ordonnée………………………………………………………………………………………….

– Le sens…………………………………………………………………………………..

– Le phonème………………………………………………………………………………….

– Le graphème……………………………………………………………………………….

2) L’abscisse………………………………………………………………………….

b) Le texte-Les textes: Grilles d’analyse…………………………………………………………..

1) Les grilles…………………………………………………………………………………

– Oral/écrit………………………………………………………………………………

– Envol/ marque…………………………………………………………………………..

– Registres de langue……………………………………………………………………

– La valeur communicationnelle……………………………………………………..

– La classification littéraire………………………………………………………….

– La notion de genres………………………………………………………………………….

– Ecart et style ………………………………………………………………………………….

2) Le cageot à claire-voie…………………………………………………………………………

-Paradoxe……………………………………………………………………………….

-Comble………………………………………………………………………..

  1. L’OISEAU-TEXTE…………………………………………………………………………………………..
  2. La faute en tous ses états……………………………………………………………………….

1) Au fil du procès…………………………………………………………………………………..

– L’incorrecte……………………………………………………………………………………

– L’agrammaticale……………………………………………………………..

– L’ininterprétable………………………………………………………………….

2) Nos trois oiseaux …………………………………………………………………………….

– L’enfant……………………………………………………………………………………….

– L’étranger……………………………………………………………………………..

– L’écrivain……………………………………………………………………………………….

*La faute inconsciente……………………………………………………………….

*La faute auto-corrigée……………………………………………………………..

*La faite exprès………………………………………………………………………

*L’inclassable…………………………………………………………………………….

  1. Parole à la défense…………………………………………………………………………..
  2. La vraie surprise………………………………………………………………………………..
  3. De l’amour à l’état pur…………………………………………………………………………….

 

 

 

Au cœur de l’étude………………………………………………………………………………………………..

 

 

 

II) DELICES…………………………………………………………………………………………………..

Préambule

  1. LE TERREAU LINGUISTIQUE: L’ALPHABET………………………………………………….
  2. Quand la lettre fait signe……………………………………………………..

b) Si on redécouvrait l’ABC……………………………………………………………

1) Cheminement en sept points……………………………………………………….

2) Sens dessus dessous……………………………………………………………….

  1. RACINES DE l’ECRIT: BROUILLONS ET COURRIERS ……………………………………..
  2. Le brouillon……………………………………………………………………………………
  3. La lettre………………………………………………………………………………………

C) LE TRONC ou comment toute la potentialité souterraine de la langue éclate au grand jour lorsque les profondeurs de l’être sont ébranlées par la force du sentiment amoureux…………

a) Le son des mots……………………………………………………………………………….

b) Les jeux syllabiques………………………………………………………………….

1) Le divin bégaiement………………………………………………………………………

2) Du son au mot……………………………………………………………………….

– Les mots-valises…………………………………………………………………………..

– Les liaisons……………………………………………………………………………………..

c) La ponctuation…………………………………………….

1) Les guillemets……………………………………………………………………………

2) La virgule……………………………………………………………………………………….

3) Le tiret…………………………………………………………………………………..

4) Ouvrons ici une parenthèse………………………………………………………………..

5) Et enfin:……………………………………………………………………………………………

d) Parole aux homonymes……………………………………………………………………….

e) Dessine-moi un (mot d’) amour!…………………………………………………………….

f) Question de style…………………………………………………………………………………

D) LES BRANCHAGES-EMBRANCHEMENTS: ……………………………………

a) Le sujet-objet d’amour…………………………………………………………………

b) L’accusé bénéficie-t-il de circonstances atténuantes?……………………………..

1) S’il y avait non-lieu?……………………………………………………………………….

2) Aimer……………………………………………………………………………………..

– Un verbe en tous ses états…………………………………………………………..

– La virtualité infinitive……………………………………………………………………..

– Comme un présent…………………………………………………………………….

– Le temps de conclure………………………………………………………………………..

– Le « ça » ou l’impossible aveu……………………………………………………………..

E) AU FAÎTE DE L’ARBRE: bourgeons, feuilles, fleurs et fruits du parler d’amour……..

a) Au cœur du combat amoureux……………………………………………………….

1) Un objet très hybride: duo-duel…………………………………………………..

2) Présence de l’absence……………………………………………………………………..

3) Motus et bouche cousue…………………………………………………………………

– Mot et silence…………………………………………………………….

– Silence et amour…………………………………………………………

– Amour et mot…………………………………………………………………………………

b) Poétique du langage amoureux:……………………………………………………………

0) Du silence………………………………………………………

1) de la langue…………………………………………………………………………………..

– Composition de lexèmes…………………………………………………………………

– Nouvelle mode de conjugaisons………………………………………………….

– L’appropriation des noms……………………………………………………………….

  1. Des langues……………………………………………………………………………………
  2. De l’âge……………………………………………………………………………………….

4) Des genres:…………………………………………………………………………………………

– De lune et de neige………………………………………………………………………

– D’Eve oubliée………………………………………………………………..

– Notion de virilité …………………………………………………………..

– Colette……………………………………………………………………………………

* L’amoureuse singulière…………………………………………………………..

* L’étrangère…………………………………………………..

* La joaillière des mots………………………………………………………

* La femme-enfant……………………………………………………………..

* La féline au jardin des merveilles……………………………………..

5) Des espèces………………………………………………………………………………………

6) Des codes reconnus………………………………………………………………………….

7) Du faux et du juste…………………………………………………………………….

Coquillage-Espèce de coquille!………………………………………………………………

 

 

CONCLUSION:…………………………………………………………………………………………………..

I) Synthèse……………………………………………………………………………………….

a) Rappel de l’hypothèse initiale………………………………………………………..

  1. Rappel des points d’aboutissement……………………………………………………….

II) Horizons………………………………………………………………………………

Eloge de l’amoureuse faute…………………………………………………………………….

Annexe……………………………………………………………………………………………….

Bibliographie…………………………………………………………………………………

Index………………………………………………………………………………………………

Table des matières……………………………………………………………………..

 

1 Guillaume Apollinaire, La Maison des morts, in Alcools, op. cit., p. 41.

2 Villiers de L’Isle Adam, L’Eve future, in le Dictionnaire des difficultés de la langue française, op. cit., p. 207.

3 Emile Ajar (Romain Gary), Gros-Câlin, op. cit., p. 202.

4 Gilles Deleuze, Critique et clinique, op. cit., p. 125.

5 Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, op. cit., p. 29.

6 Jean-Pierre Morel, in La Jalousie, Collection Unichamp, 1996,p. 48.

7 Guillaume Apollinaire, L’Ermite, in Alcools, op. cit., p. 79.

8 Abdelkébir Khatibi, « Eloge de l’illisible », in Magazine littéraire, n°375, avril 1999, p. 99-100.

9 Vassilis Alexakis, La Langue maternelle, op. cit., p. 40.

10 Vassilis Alexakis, La Langue maternelle, op. cit., p. 40.

11 Rémy de Gourmont, Esthétique de la langue française, Mercure de France, 1955, p. 140.

12 Dominique Maingueneau, Précis de grammaire pour les concours, op. cit., p. 24.

13 Clément Marot, Rondeau II, in L’Adolescence Clémentine, in Oeuvres complètes, op. cit., p. 131.

14 Clément Marot, Rondeau II, in L’Adolescence Clémentine, in Oeuvres complètes, op. cit., p. 528.

* Un « Angloys » est un créditeur qui affirme qu’on lui doit beaucoup d’argent qu’il a des chances de ne jamais revoir. Ou encore: ce qui ne signifie pas qu’on le lui rendra.

15 J. P. Goldenstein, Pour lire le roman, Editions Deboeck-Duculot, 1989, p. 15.

16 J. Bronowski, cité par Roman Jakobson, Huit questions de poétique, op. cit., p. 161.

17 Rémy de Gourmont, Esthétique de la langue française, op. cit., 1955, p. 58-59.

18 Gilles Deleuze, Critique et clinique, op. cit., p. 125.

19 Jean-Pierre.Martin, La Bande sonore, op. cit., p. 69.

20 Rémy de Gourmont, Esthétique de la langue française, op. cit., p. IX.

* Jade… Or… !

21 Georges Brassens, La première fille, in L’Anar bon enfant par Alphonse Bonnafé, op. cit., p. 116-117.

22 Eric Blondel, L’Amour, op. cit., p. 114.

23 Louis Aragon, L’Etrangère, par Yves Montand, Editions Meridian, 1962.

* La personnalisation de ma note par le signe « * » est bienvenue: j’avais d’abord inscrit involontairement « âtre » au lieu d' »être » et le signe « * » a été choisi par les linguistes pour indiquer l’incorrection! Je devais être un peu dans la lune ou les étoiles!

24 Charles Baudelaire, Maximes consolantes pour l’amour, in Oeuvres complètes, op. cit., p. 549.

25 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit. , p. 213.

26 Maurice Blanchot, De Kafka à Kafka, Gallimard, 1981, p. 193.

27 Ibidem.

28 Marc Papillon de Lasphrise, in La Poésie amoureuse de l’âge baroque, Le Livre de poche, 1990, p. 325.

29 Idem, p. 329.

30 Christian Bobin, La Part manquante, op. cit., p. 43.

31 Nathalie Sarraute, Ouvrez, op. cit.

32 Georges Dumézil, in Le Nouvel Observateur, à partir de la page 75.

33 Christian Levesque, Au bout de la langue, op. cit., p. 90.

34 Roland Marcuola, Permets-moi de te dire vous, Editions Pierron, 1999, p. 68.

35 Robert Desnos, Au mocassin le verbe, in Alice au pays du langage, Marina Yaguelo, op. cit., p. 151.

36 Marie Treps, Calembourdes, Editions Point Virgule, 1999, p. 22.

37 Ibidem.

38 Ibidem.

39 François Villon, Ballade des dames du temps jadis ,in Le Testament, in VillonPoésies, Collection Grands Ecrivains, 1985, p. 38.

* Remarquons que cet « il » représentait Zeus dans l’esprit des latins.

40 Georges Kleiber, Anaphores et pronoms, Collection Champs linguistiques, Duculot, 1994, p. 64.

41 Sylvie-Anne Freyermuth-Wissler, Des incohérences anaphoriques au mode d’expression scriptoral: Plaidoyer pour un genre hybride et une profondeur du texte. , op. cit., p. 66.

42 Idem, p. 74-75.

43 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 149.

44 Annick de Souzenelle, Le Féminin de l’être, Albin Michel, 1997, p. 249.

45 Caroline Granier-Deferre, « L’aube des sens », in Les cahiers du nouveau-né, numéro 5, ouvrage collectif sous la direction d’Etienne Herbinet et Marie-Claire Busnel, Stock, 1991, p. 175.

46 Jean-Pierre Lecanuet, in « L’aube des sens », in Les Cahiers du nouveau-né, numéro 5, op. cit., p. 177.

47 Roland Marcuola, Les voix, in Une pause, Compact-disque, Production  » Les uns, les unes ».

48 Martine Broda, L’Amour du nom, op. cit., p. 174.

49 Marina Yaguello, Les Mots et les femmes, Petite Bibliothèque Payot, 1978, p. 152-153.

50 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 189.

51 Jean Chalon, « Colette l’irrégulière », in Magazine littéraire, numéro 305, mai 1998, p. 95.

* Publié, mais non public!

52 Guillaume Apollinaire, in Critique littéraire, in Oeuvres complètes, Editions Balland et Lecas, 1966, p. 839.

53 Guillaume Apollinaire, in Critique littéraire, in Oeuvres complètes, op. cit., p. 839 et 840.

54 Jacques Dupont,  » Visages de l’enfance, sortilèges de Colette », in l’Avant-scène opéra, numéro 27, janvier 1990, p. 25.

55 Jacques Dupont,  » Visages de l’enfance, sortilèges de Colette », in L’Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 25.

56 Francis Ponge, Le verre d’eau, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit., p. 119.

57 Colette, Rêverie de Nouvel An, in Les Vrilles de la vigne, Hachette, 1995, p. 31-32.

58 Colette, Nuit blanche, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 37.

59 Colette, Le dernier feu, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 44-45.

60 Colette, Chanson de la danseuse, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 33.

61 Colette, Toby-Chien parle, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 61.

62 Henri Michaux, Voyage en Grande Garabagne, in Ailleurs, Gallimard, 1967, p. 68.

63 Elisabeth Giuliani,  » La musique et l’enfance », in L’Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 58.

64 Jacques Dupont,  » Visages de l’enfance, sortilèges de Colette », in L’Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 26.

65 Colette, La Vagabonde, Albin Michel, 1990, p. 209.

66 Régine Detambel, Colette, Comme une Flore Comme un Zoo, Stock, 1997, p. 99-100.

67 Colette, Nuit blanche, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 38.

68 Colette, Ronde des chauves-souris, in L’Enfant et les sortilèges, in L’Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 50.

69 Colette, Danse des rainettes, in L’Enfant et les sortilèges, in L’Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 50.

70 Colette, Le Blé en herbe, Flammarion, 1923.

71 Jacques Dupont, » Visages de l’enfance, sortilèges de Colette », in L’ Avant-scène opéra, numéro 27, op. cit., p. 25.

72 Auteur inconnu, Légende d’esquimau, in Paroles indiennes, Albin Michel, 1994, p. 31.

* J’avais d’abord écrit « paralait »: une « l » en plus et on s’envole au-dessus des étendues de sable que sillonnent les traces parallèles des parlers de tous genres!

73 Jean-Marie La Clavetine, Demain la veille, Gallimard, 1995, p. 17.

74 Jean Bouhier, Les Mots largués, in l’Horloge du cœur, Editions Associatives CLAPAS.

75 Tatanga Mani ou Walking Buffalo, in Paroles indiennes, op. cit., p. 17.

76 Raymond Queneau, Découverte des pictogrammes, in Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, op. cit., p.304.

* J’avais écrit « lange »! Mot de bébé, ou de chérubin!

77 Claude Simon, présentation d’Orion aveugle, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit., p. 115.

78 A. Duchesne et Th. Legay, Petite Fabrique de Littérature, op. cit., p. 116.

* Nous avons déjà évoqué cette possible similitude entre lettres (littérature) et lettres (courriers) et aurons le loisir d’y revenir.

79 Marc-Mathieu Münch, L’effet de vie-Esthétique de l’art littéraire, Tome I, op. cit., non encore paginé.

80 Stendhal, La Chartreuse de Parme, op. cit., p. 641.

81 * et l’expression « faire cattleyas » dans le passage situé in Du côté de chez Swann, in La recherche du temps perdu, Tome I, op. cit., p. 23-224.

82 Charles Baudelaire, Elévation, in Spleen et Idéal, in Les Fleurs du mal, in Oeuvres Complètes, Tome I, op. cit., p. 10.

83 Raymond Queneau, Découverte des pictogrammes, in Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, op. cit., p. 304.

84 Dictionnaire étymologique, Larousse, 1964, p. 29-30.

85 Louis Aragon, Petite suite sans fil, in Le Crève-cœur, in Aragon par Georges Sadoul, op. cit., p. 111.

86 Annick de Souzenelle, le Féminin de l’être, op. cit., p. 14.

87 Claude Nougaro, Armé d’amour, in Poètes d’aujourd’hui, op. cit., p. 180.

88 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 267.

*… (donc) j’avais mis deux m!

*Progressivement on comprend cette composition « langage-langue » qui, mariant le masculin-féminin, laisse entendre la racine commune, la singularité-pluralité ainsi que les phonèmes/phénomènes en sonore semence : lent gage, l’engage.

89 Jacob Boehme, cité par N. Brown, 1995, in Discours d’un fragment amoureux, op. cit., p. 115.

90 A. Duchesne et Th. Legay, Petite Fabrique de Littérature, op. cit. , p. 8.

91 Jules Romains, Les Hommes de bonne volonté, Tome III, in XX° siècle, Lagarde et Michard, Bordas, 1969, p. 435-436.

92 Michel de Montaigne, Les Essais, Livre I, Flammarion, 1969, p.236.

93 Daniel Picouly, Le Champ de personne, op. cit., p. 69.

94 Robert Desnos, Comme, in Fortunes, op. cit., p. 79-80.

*  » L’autre » est donc « el otro », celui venu d’Espagne où manger se dit « comer ».

* On pense à Prévert.

*… à Rimbaud…

*… et ce pourrait être là matière à jolie recherche poétique pour nos élèves!

*L’  » as » anglais est équivalent de notre « comme » comparatif.

95 Eric Blondel, L’Amour, op. cit., p. 228.

96 Louis Aragon, Le Paysan de Paris, op. cit., p. 205.

97 Alain Bosquet, Premier testament, in Anthologie de la poésie française, op. cit., p. 554.

98 Stuart Mérill, Une voix dans la foule- Adagio, in Anthologie de la poésie française, op. cit., p. 419.

99 Colette, Jour gris, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 42.

100 Michel Genson,  » Plaisirs de nacre », in Supplément du Républicain Lorrain, 21 février 1999, p. 1.

101 Pierre de Marbeuf, Blasons en hommage à Amaranthe, in Anthologie de la poésie amoureuse de l’âge baroque, op. cit., p. 308-309.

102 Colette, L’Entrave, in Colette Comme une Flore Comme un Zoo, Régine Detambel, op. cit., p. 189.

103 Paul Verlaine, Les Coquillages, in Fêtes galantes, Gallimard, 1973, p. 105.

104 Chant des Indiens, in Paroles de Chamans, Albin Michel, 1977, p. 21.

105 Sylvie-Anne Freyermuth-Wissler, Des incohérences anaphoriques au mode d’expression scriptoral: Plaidoyer pour un genre hybride et une profondeur du texte, op. cit., p. 175.

106 Colette, La Maison de Claudine, op. cit., p. 29-30.

107 Martine Broda, L’Amour du nom, op. cit., p. 21.

108 Roberto Juarroz, Poésie et réalité, in l’Amour du nom, op. cit., p. 7.

109 * Rappelons cette remarque d’Eric Blondel ( in De L’Amour, op. cit., p. 83 ):  » A vrai dire on ne parle pas de l’amour (… ) et pourtant, depuis la nuit des temps, il n’est pas question d’autre chose: depuis que l’écriture a été inventée, la littérature ne connaît pas d’autre thème que celui-là.  »

110 Jean-Pierre Milovanoff, L’Offrande sauvage, op. cit., p. 111.

* Dégrafement n’existe pas dans le dico. Existera désormais par erreur ou -et- néologisme ( difficile à distinguer!)dans le cadre d’une « langue qui n’a pas été inventée! »

111 Marc-Mathieu Münch, L’Effet de vie-Esthétique de l’art littéraire, Tome I, op. cit.

112 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 227.

113 Jacques Prévert, Parlez-moi d’amour, in C.D. » Je suis comme je suis », Collection Millésimes, 1982.

114 Ibidem.

115 Cécile Dauphin, Les manuels épistolaires au XIX° siècle, in La Correspondance et les usages de la lettre au XIX° siècle, op. cit.

116 Jean-Pierre Martin, La Bande sonore, op. cit., p. 198.

117 Eric Blondel, L’Amour, op. cit., p. 15.

118 Gilles Deleuze, Proust et les signes ,op. cit., p. 265.

119 Gilles Deleuze, Critique et Clinique, op. cit , p. 138.

120 Jean-Pierre Martin, La Bande sonore, op. cit., p. 61.

121 Emile Ajar, Gros-Câlin, op. cit., p. 169.

122 Paul Eluard, in La langue, la Poésie, op. cit., p. 17.

123 A. Duchesne et Th. Legay, in Petite Fabrique de Littérature, op. cit., p. 7.

124 Gilles Deleuze, Critique et Clinique, op. cit., p. 93.

125 Raymond Queneau, Entretiens avec Georges Charbonnier, Gallimard, 1962, p. 72.

126 Jean-Pierre Martin, La Bande sonore,op. cit., p. 112.

127 Maître Deshimaru, in Paroles Zen, Albin Michel, 1994, p. 47.

128 Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Livre sixième, Flammarion, 1968, p. 290-292.

129 Stéphane Mallarmé, Rondel (II), in Les plus belles pages de la poésie française, op. cit., p. 502.

130 Georges Brassens, La Chasse aux papillons, in L’Anar bon enfant par Alphonse Bonnafé, op. cit., p. 96.

131 Romain Gary (Emile Ajar) , Gros-Câlin, op. cit., p. 205.

132 Jacques Prévert, Le Jardin, in Paroles, op. cit., p. 204.

133 Pierre de Ronsard, Sonnet pour Hélène de Surgère, in La Poésie, une anthologie illustrée, op. cit, p. 62.

134 William Cliff, Journal d’un innocent, Gallimard, 1996, p. 9.

135 Lucien Becker, Rien que l’Amour, op. cit., p. 158.

136 Alain Rey,  » Mythologie blanche », in Magazine littéraire, n° 365, mai 1998, p. 9.

137 Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Tome II, Gallimard, 1949, p. 189.

138 Dictionnaire des difficultés de la langue française, op. cit., p. 399.

139 Lucien Becker, Rien que l’amour, op. cit., p. 22.

140 Guillaume Apollinaire, Mon amie je pense à toi, in Le Guetteur mélancolique, op. cit., p. 209.

141 Paul Guth, Histoire de la littérature française du moyen-âge à la révolution, Flammarion, 1981, p. 111.

142 Louise Labé, Sonnet XVII, in Les plus belles pages de la poésie française, op. cit., p. 129.

143 Paul Verlaine, Lettre, in Fêtes galantes, op. cit., p. 115.

144 André Breton, Lettre à Jacques Doucet, 9 février 1921, in Breton, Oeuvres complètes, Tome I, Gallimard, 1988, p. 1228.

145 Francis Ponge, La Pratique de la littérature, in Le Grand recueil, Méthodes ,Gallimard, 1961, p. 278.

146 Etiemble, L’Erotisme et l’amour, Arlea, 1987, p. 106.

147 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 12.

148 Clément Marot, D’alliance de sœur, Rondeau LI, in L’Adolescence Clémentine, op. cit., p. 166.

149 Romain Gary (Emile Ajar), Gros- Câlin, op. cit., p. 167.

150 Recherches sur l’histoire de la poétique, études publiées par Marc-Mathieu Münch, Université de Metz, Editions Peter Lang, 1984, p. 225-226.

151 Lucien Becker, Rien que l’Amour, op.cit., p. 295.

152 Colette, Nuit blanche, in Les Vrilles de la vigne, op. cit., p. 38.

153 Régine Detambel, Colette Comme une Flore Comme un Zoo, op. cit., p. 247.

154 * Petite phrase que j’ai recueillie également pour en tramer une nouvelle intitulée « Lettres à Ison », in D’âme dili dame, 1999, Publication d’auteur, p. 17.

155 Alfred de Vigny, Lettre à Eva, in Anthologie de la Poésie française, op. cit., p. 316.

156 Richard Millet, L’Amour des trois sœurs Piale, Folio, 1997, p. 13 et 14.

157 Michel Butor, Le Fil à quoi tient notre vie, Editions Voix de chants, 1996, sans pagination.

158 Henri Matisse, Lettre à Raymond Escholier, Octobre 1934, in Lettres de Peintres, Messidor, 1991, p. 174.

159 Eugène Delacroix, Lettre à M. Pérignon, 18 avril 1859, in Lettres de Peintres, op. cit., p. 67.

160 Daniel Picouly, Le Champ de personne, op. cit. , p. 58.

161 Idem, p. 163.

162 Paul Claudel, Positions et propositions, Tome 1, op. cit., p. 84.

163 Bruno Etienne, Faute et Liberté chez Pierre-Jean Jouve, Mémoire de D. E. A. , Université de Metz, 1984. , p. 2.

164 Marina Yaguello, Alice au pays du langage, op. cit., p. 149.

165 René Char, Les Matinaux, in Anthologie de la Poésie française, op. cit., p. 80.

166 Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, op. cit., p. 30 et 273.

167 Saint-John Perse, Discours de Stockolm, Allocution au banquet Nobel de décembre 1960, in Oeuvres complètes, Gallimard, 1972, p.445.

168 Marc-Papillon de Lasphrise, in La Poésie amoureuse de l’âge baroque, op. cit., p. 328.

169 François Cavanna, Mignonne, allons voir si la rose… , op. cit., p. 9.

170 Nathalie Sarraute, Entre la vie et la mort, op. cit., p. 97.

171 Max Jacob, in Anthologie de la Poésie française, op. cit., p. 440.

172 Roland Barthes, Le Plaisir du texte, op. cit., p. 51.

173 Frédéric Nietzsche, in Magazine littéraire, n° 352, p. 41.

174 André Breton, Nadja, op. cit., p. 7.

175 Robert Mallet, in Anthologie de la Poésie française, op. cit., p. 551.

176 Patrick Cauvin, e= mc2 mon amour, op. cit., p. 112-113.

Les commentaires sont clos.