7 minutes de radio

 

J’ai écrit le texte qui suit après la mort de Baba Traore que j’évoque dans les 7 minutes de radio des Matinales de Tropiques FM.

CYGN’ SONG

Si tu passes à Joinville Le Pont

Sur les rives de la Marne belle

Viens un peu t’asseoir là, près d’elle

Et tends l’oreille à sa chanson

 

Rien de lugubre rien de fou

Une caresse de la brise

Et sur l’onde que le ciel irise

Une ballade de chez nous

 

Mille voix aux sons enchantés

Comme un grand choeur mystérieux

Te diront en langue des dieux

L’histoire de Baba Traore.

 

D’Afrique un beau jour il nous vint

Pour offrir l’un de ses deux reins

Et comme ce n’était pas assez

Il nous a livré son secret

 

Le jour où ils l’ont arrêté 

Parce qu’il était sans-papiers

Il a couru droit devant lui

Jusqu’au pont final de sa vie.

 

Baba ne savait pas nager

Les policiers l’ont pourchassé

A tous contre un. Il a sauté

Brun de peau, cygne immaculé.

 

En la rivière profonde

Sans hésiter une secnde

Et laissant la haine à ses trousses

Il a préféré l’issue douce

 

 » Que les centaines de sans-papiers

Qui chaque jour pour toi se lèvent

Ô mon Paris que tant j’aimais

Après ma mort fassent une grève. »

 

Tel fut-dit-on- le dernier voeu

Que sans frémir il sut émettre

Avec tant de force dans l’être

Que fut écho via les cieux

 

Le lendemain, lors de l’hommage

Que fîmes, unis, amis, parents,

Il plut, tellement, tant et tant, 

Qu’on put déchiffrer ce message:

 

Tout là-haut les fichiers d’Eole

Enregistrent coups de matraque

Humiliations et traques

Et prévoient quelques heures de colle!

 

Si tu passes à Joinville La belle

Du cygne écoute le message

Juste au-dessous la passerelle

Là commence le vrai voyage!

 

Texte écrit le 21 septembre 2008.

Ce dossier gravissime dont l’enquête fut promise mais  aboutit à un non-lieu. Baba s’est noyé dans un non-lieu. D’ailleurs s’est-il vraiment noyé? A-t-il vraiment existé? Et toi qui me lis, te demandes-tu avec comme comme le taureau de Cabrel:

 » Est-ce que ce monde est sérieux? »

 

23 avril 2015: Jean-Jacques Seymour, éditorialiste à Radio Tropiques, possède le sens de la métaphore intuitive. Dans les 7 minutes où nous dialoguâmes, il évoqua l’image du Titanic pour parler des Sans-papiers.

Cette image fit hier la Une de Charlie puisque’ hélas, effectivement, c’est ce qui se passe actuellement, et de façon 6, 6, 6 thématique.

 

 

 

 

 

 

 

 

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